A vos souhaits (Fabrice Colin)

A vos souhaits (Fabrice Colin)

A vos souhaits

Auteur : Fabrice Colin
Editeur : Bragelonne
Date de parution : 05/2010
Pages : 333
Prix : 10€

John Moon est un loser de la plus belle espèce. Humain, coach raté de Quartek, il ne parvient même pas à trouver la mort. Ne lui reste que ses amis, un elfe incapable de réussir le moindre tour de magie et un nain qui échoue dans chaque tentative de faire pousser une plante. Mais voilà les compères embarqués dans un projet qui les dépasse, le Diable ayant besoin d’eux pour retrouver la clé des Enfers.

Un humour appuyé mais bien dosé

A vos souhaits est un roman humoristique qui tire vers l’absurde. Les personnages sont tous sans exception des anti-héros, méchants y compris. L’intrigue semble se dérouler sur plusieurs plans, dont certains ne sont pas forcément expliqués à la fin. Des clins d’oeil se succèdent au fil des pages, délice pour ceux qui les reconnaîtront, pas gênants pour les autres. Les protagonistes ne réussissent aucune de leurs entreprises, qu’il s’agisse de s’en sortir ou de laisser tomber ; le destin les rattrape toujours et les fait avancer malgré eux. A aller autant dans le burlesque il serait légitime de se demander si l’ambiance ne devient pas trop lourde ou si elle tombe à plat. Que nenni, Fabrice Colin porte haut son étendard décalé et l’assume, sans lasser le lecteur ni (trop) le perdre. L’humour est léger malgré ce que le synopsis laisse envisager et est bien dosé, intervenant aux moments les plus opportuns. Une belle preuve de maîtrise de la part de l’auteur, car faire rire est un art délicat.

Au delà de l’humour, un récit d’une certaine densité

Mais A vos souhaits présente également une profondeur appréciable au delà de l’aventure purement drôle. En effet, le récit est ponctués de moment émouvants. Réelle prise de conscience des personnage, poids du drame et des responsabilités ou détresse émotionnelle (on peut être un loser et avoir un coeur), leur alternance avec l’humour rend l’une et l’autre facette plus prenante. Certains passages sont particulièrement énigmatiques, poussant le lecteur à se creuser la tête ou émettre des hypothèses, ce qui devient rapidement un jeu.
De même, le fond est peut être loufoque, la forme ne manque pas de rigueur, jamais Fabrice Colin ne perd le contrôle. Le style est fluide et travaillé, élégant, très agréable à lire. Il en résulte une farce non pas dans le mauvais sens du terme, mais au contraire dans son plus noble.

Un fameux divertissement

Ce roman bien fait, drôle et poignant à la fois, s’avère au final être un excellent une lecture des plus distrayantes. L’univers proche du Londres réel fait régulièrement appel à des connaissances concernant la géographie de la région sous couvert de jeux de mots. Les créatures fantasy comme les elfes, nains ou autres orcs se prêtent très bien à cette farce géante, cette pièce de théâtre qui se joue autour du Diable et de la Mort. Leur condition de créature imaginaire les rend encore plus grotesque et drôles, mais aussi attachants dans cette fragilité qui les caractérise. Certains ressorts sont tellement énormes qu’ils provoquent des « non, il ne va pas oser ». Mais si, Fabrice Colin ose tout et la surprise est au rendez-vous. Le lecteur se fait balader sans retenue du début à la fin, pour son plus grand plaisir.

Au final, il ne faudra pas chercher du sens dans tout ce qui s’écrit, mais le roman n’en manque cependant pas. L’essentiel est de se laisser porter par l’écriture plaisante de Fabrice Colin, pour passer un bon très moment de lecture avec les personnages d’A vos souhaits.

Une lecture commune réalisée avec : Acr0Bartimeus, Christelle, Coeur de ChêneEndeaJulien NaufragéLaure du miroirLhisbeiOlyaPaulinePhooka, Tortoise

INTERVIEW de Fabrice Colin suite à la Lecture Commune

1. Pourquoi ce livre s’intitule-t-il « A vous souhaits »? Y’a-t-il une histoire particulière liée à ce choix?

Pas vraiment. Je cherchais une formulation liée à la magie, quelque chose d’un peu léger : « A vos souhaits », c’est l’expression ultime de la pensée magique. On peut difficilement trouver plus primaire.

2. Quel mardi doit-on se tenir prêt pour la parution de « A vos amours » ? De quoi ou de qui parlera ce livre?

A vos amours est prévu depuis une petite dizaine d’années. Pour l’heure, j’en ai écrit trois chapitres. J’ignore s’il verra jamais le jour. Le roman raconte la vie de John Moon après les succès que l’on sait. Notre héros est marié, et sa belle-famille lui pose pas mal de problèmes. Pour ne rien arranger, il veut faire du cinéma. Il y tient, douloureusement.

3. Je sais que dans le cochon tout est bon, mais tout de même pourquoi une telle obsession ?

Aucune idée. Si on commence à réfléchir à ce genre de trucs, le monde s’écroule.

4. Le personnage de John Moon est-il la représentation de quelque chose ou de quelqu’un en particulier? Une référence spéciale au batteur de The Who, vous sachant fan de rock?

John Vincent Moon est un personnage d’un récit de Borges dont j’ai spectaculairement oublié le titre. Il y a aussi des références à Joyce dans A vos souhaits, mais personne ne les voit.

5. Concernant le prénom de Prudie, est ce que son prénom vient de l’adjectif prude, car elle a pas l’air très dégourdie pour gérer l’attention que lui porte Gloïn, ou alors est ce que ça vient plutôt de l’adjectif prudente, dans le sens où elle prend vraiment toutes les précautions nécessaires pour John, et où elle est très attentive à lui ? Ou alors peut être que son nom a une autre origine, ou simplement votre imagination ?

Honnêtement ? Je ne me souviens pas. Mais votre analyse, et l’attention que vous semblez porter aux noms et à leur possible signification cachée, me comble de joie.

6. Histoire de pinailler, quel est le nom de la deuxième goule du baron Mordayken dont il s’aide pour entreprendre de délivrer le Diable? Parce qu’une petite incohérence s’est glissée dans les deux éditions, et il semblerait que Mordayken ait un bug sur le brave Nozdriov…(*)

On appelle ça une contamination prosaïque : le réel et ses imperfections s’invite dans une mécanique romanesque censément irréprochable. Je suis absolument navré.

7. L’elfe qui rate son examen de première année peut-il être une référence prémonitoire à Jean Sarkozy ?

Je ne suis pas sûr que j’aimerais détenir ce genre de pouvoir. Mais Jean Sarkozy mériterait assurément un roman à lui seul. Enfin, disons une nouvelle.

8. Pourquoi les dragons sont-ils tenus en laisse ? Avez-vous un grief contre cette espèce ?

Les dragons sont les symboles de l’imagination naïve, de la colère injustifiée et de la fantasy en général : évidemment, qu’il faut les tenir en laisse ! On pourrait aussi leur donner des calmants.

9. Le Quartek n’est pas un sport comme les autres… D’où vient-il, de quel sport existant ou imaginé par un autre, vous êtes vous inspiré ?

Le Quartek est un gros bordel : un mélange de Blood Bowl, de football américain et de cour de récréation. A ce stade, si j’ose dire, on ne parle plus d’inspiration, mais de chaos assumé.

10. Ce livre peut se lire comme une référence à Terry Pratchett, comparaison facile pour l’humour et la fantasy, Mais y’a-t-il d’autres références ou dédicaces au travers de « A vos souhaits » ?

Je n’ai jamais lu Pratchett, mais je suppose que la référence est inévitable : humour, fantasy => Pratchett. Les références sont plutôt à chercher du côté de P.G. Wodehouse et de mon amour immodéré pour l’Angleterre – son humour tordu et sa grisaille tenace.

(*) (le passage pour la question 6 :
« – Allez! vitupérait le baron au milieu des deux morts-vivants, vous y êtes presque, bon sang, plus vite que ça, le match s’est arrêté depuis cinq minutes et Nozdriov! s’énerva-t-il en attrapant l’une des deux goules par le bras, tu es sur la feuille de match pour la deuxième manche, alors il faut absolument que le travail soit terminé maintenant (…)
– Nozdriov, ordonna-t-il, approche un peu ici. Voilà. Maintenant, baisse-toi. Attention… Nous y sommes!
La goule se redressa en ahanant. Juché sur ses épaules, le baron Mordayken contrôlait la situation.
– Maître, objecta le mort-vivant au moment de mettre un premier dans l’eau, cha ne va pas faire de bien à ma chirculation.
– Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse? rétorqua le baron en levant sa lanterne bien haut. Un mort de perdu, dix de relevés. De toute façon, tu n’es pas sur la feuille de match. »)

Merci à Fabrice Colin pour toutes ses réponses !