Les Eveilleurs t.1 (Pauline Alphen)

Les Eveilleurs t.1 (Pauline Alphen)

Les Eveilleurs

1. Salicande

Auteur : Pauline Alphen
Editeur : Hachette
Date de parution : 2010
Pages : 528
Prix : 14€

Jad et Claris vivent dans la vallée reculée de Salicande. Ils ont douze ans et sont jumeaux, leur mère a disparu l’année de leurs trois ans sans laisser de traces et chacun depuis vit sa douleur différemment. Alors que Jad est de constitution fragile et se réfugie dans la réflexion, Claris déborde d’énergie et ne jure que par l’action et l’aventure. Cette dernière pourrait bien les rattraper, car le passé, bien occulté, refait surface et l’avenir s’annonce agité. Inconscients de ce qui se prépare, les enfants grandissent et apprennent.

Un roman transgenre, un univers indescriptible et envoûtant

Les Eveilleurs plonge tout d’abord dans un univers de fantasy. Les jumeaux vivent dans une sorte de château, la technologie est archaïque, les enfants s’entraînent à l’épée avec leur maître d’armes. Côté magie, Salicande semble le théâtre de plusieurs mystères. Les enfants communiquent par télépathie, des créatures fantastiques volettent dans les environs, d’autres protagonistes révèlent de curieuses dispositions envers la nature ou autres dons. Mais les indices arrivent bien vite pour dévoiler toute la complexité et l’ampleur de la création de Pauline Alphen. Des mots inconnus, objets, végétaux, animaux ou autres, parsèment le texte, expliqués rapidement par le fait que l’action se déroule… sur Terre, dans le futur !

Alors, roman de SF ou de fantasy ? Peu importe au final, car l’auteure crée ici quelque chose d’unique, son propre monde, cohérent, assez fascinant. Le lecteur se laisse emporter à Salicande et ses environs, il découvre avec émerveillement ce qui l’entoure, animal, végétal ou même humain. Cet univers est familier et totalement inconnu à la fois, emprunt de la magie de la fantasy et de la rigueur de la science-fiction, qui lui permet également de faire des clins d’oeil très nombreux à la littérature, comme Harry Potterle Seigneur des anneaux et oeuvres plus classiques encore.

Des personnages et un monde qui se dévoilent lentement mais surement

Personnage et environnement ne se dévoilent pas dès les premières pages, bien au contraire. Pendant tout le volume, Pauline Alphen met en place des indices, résolvant certains mystères mais élargissant les autres. Le temps passant, les personnages évoluent humainement, ils apprennent à comprendre et connaître le monde qui les entoure, ainsi que leurs capacités personnelles. L’apprentissage ne se fait pas sans mal, notamment pour Claris, pleine de spontanéité et de fougue. Cependant, chacun progresse et change, l’univers connu grandissant au fur et à mesure en parallèle, pour le plus grand plaisir des enfants et du lecteur.

Le rythme est donc assez lent, laissant penser à une mise en place avant l’action. Ce premier opus est bien plus que cela pourtant, car le monde en lui même n’est pas seulement un terrain d’aventure mais une entité à part entière, qui nécessite une mise en lumière progressive. Salicande est une balade où il faut regarder de tous les côtés pour ne rien manquer, tant ce qui est révélé est riche de détails. Peuples, coutumes, métiers, plantes, origines et passé de chaque chose, causes et conséquences, tout mérite l’attention du lecteur, pour pouvoir dresser une carte mentale de ce qui se trame. L’action n’est pas en reste, le volume se termine même sur un terrible cliffhanger qui ne peut qu’encourager à lire la suite, même si au fil des pages elle se fait discrète et diffuse, soulignant les changements et bouleversements qui touchent les héros.

Une narration variée, un message évident, un ensemble plein de charme

La narration n’est pas focalisée sur un personnage, chacun devient les yeux du lecteur, qui connaît les pensées et sentiments de tous. Il est intéressant de percevoir ainsi Salicande alternativement par le regard d’un enfant et d’un adulte, d’un héros réfléchi et d’un impulsif. Ce système étoffe l’univers et ajoute à la dimension humaine de l’aventure qui s’y déroule.
Le message derrière le récit est assez peu subtil, l’humanité ayant par le passé oublié l’essentiel et provoqué une catastrophe mystérieuse, Les Eveilleurs traitant du rapport entre l’homme et la nature. Mais cela représente plus une alerte qu’un acte moralisateur et n’enlève rien au charme ou au suspense de l’oeuvre, surtout qu’elle reste destinée aux plus jeunes.

Un style porteur d’émotions

La plume de Pauline Alphen laisse une impression de liberté. Le texte n’est pas extrêmement rigoureux, semblant même parfois partir où bon lui semble, échappant au contrôle de la main qui le dirige. Les mots coulent naturellement, simplement, même si quelques répétitions ou maladresse sont à noter, mais qui sont aisément pardonnables face au résultat plein de légèreté et de féerie. Ce style spontané et fluide dépeint idéalement l’univers, lui donne toutes ses couleurs et sa densité.
Mais au delà de la matérialisation de l’environnement, les mots de l’auteure apportent également beaucoup d’émotion. Celles des protagonistes sont perçues avec beaucoup de réalisme. Douleur de l’absence d’un parent, colère face à une injustice perçue, envie, amitié et premiers émois amoureux se transmettent aisément, avec beaucoup de tendresse. En peignant des tableaux de bonheur et d’insouciance mais en annonçant que ceux ci ne dureront pas, Pauline Alphen crée une attente, une tension, faisant prendre conscience de la douleur à venir. Elle souligne par là même le caractère précieux et l’importance de ces moment, ajoutant de l’émotion à des instants déjà riches.

Les Eveilleurs est une série jeunesse surprenante, originale, qui mêle habilement les genres pour offrir quelque chose d’unique. Ce premier roman a de quoi plaire à un grand nombre de lecteurs et révèle une plume prometteuse. Il y aurait encore beaucoup à dire sur cet univers, mais mieux vaut le découvrir par soi-même. Bienvenue à Salicande !

Merci aux éditions Hachette et à Livraddict pour ce partenariat