Doregon t.1 (Carina Rozenfeld)

Doregon t.1 (Carina Rozenfeld)

Doregon

1. Les Portes de Doregon

Auteur : Carina Rozenfeld
Couverture : Benjamin Carré
Editeur : L'Atalante (Jeunesse)
Date de parution : 11/2010
Pages : 256
Prix : 14€

Comment Mia a-t-elle pu en arriver là ? Seule, avec Doregon, son monde chéri qu’elle peint depuis l’enfance, en grand danger. Tout commence lorsque la jeune fille découvre que l’univers qui inspire son art existe bel et bien et que, grâce au Secret qu’elle vient de recevoir, il lui est possible de le visiter. Sa vie en est bouleversée, d’autant plus que Joshua vient également d’entrer dans sa vie.

Une construction narrative intéressante

Dès les premières pages, le lecteur trouve une Mia mature, en bout de course, acculée. Le piège se referme sur elle, ne lui laissant qu’un choix : briser un tabou et reprendre l’histoire à son commencement. Deux récits en découlent : ce qui s’est passé pour arriver au point de non retour et ce qui se passe une fois Mia venue changer le cours des choses. Le premier volume de la série conte l’histoire telle qu’elle s’est déroulée la première fois, jusqu’à ce que la fin ramène au début. L’annonce des drames vécus par la jeune fille dès le début amène de nombreuses questions et une attente qui captent l’attention. Les pièces du puzzle s’assemblent les unes aux autres au fil de la lecture.
Le rythme est donc très bien dosé dans ce court roman, grâce au style efficace de l’auteure. En effet, de longs mois se passent à Doregon, un laps de temps bien rendu par Carina Rozenfeld sans créer de longueur ni donner des impressions de sauts de puce. En quelques termes bien choisis, un changement physique ou d’émotion, les semaines sans évolution digne d’être mentionnée s’effacent, laissant des héros plus matures et la part belle aux instants d’action et de décisions.

Une densité de narration double et bien dosée

Doregon est un roman extrêmement charmant. Mia est une jolie jeune fille artiste pleine de vie, au sourire rayonnant et qui de surcroît tombe amoureuse d’un garçon sensible, patient, fidèle… Bref, tous deux sont presque parfaits. Cela aurait pu tourner à la niaiserie, mais Carina Rozenfeld a apprivoisé la difficulté en faisant de ses héros de jeunes personnes d’une vingtaine d’années, chose assez peu courante en littérature jeunesse. Le couple vit donc un amour adulte, même si les protagonistes gardent une fraîcheur et une naïveté rendues belles sous la plume de l’auteure.
A cet aspect paradisiaque s’ajoute une noirceur omniprésente qui s’exprime par vagues. Sa menace est aussi efficace que son action, défiant le bonheur de l’héroïne, annonçant la fin dramatique perçue au départ. Les éléments sombres amènent une ambiance angoissante très bien rendue par le style de l’auteure, riche en indice sensitifs, bien visuel. Le méchant de l’histoire dévoile quelques surprises relativement attendues, mais son rôle est très bien traité et intégré à l’univers qui est, lui, étonnant et un héros à part entière du récit.

Un univers fantastique original et passionnant

Le lecteur, tout comme Mia, ne soupçonne pas au départ la richesse infinie qui se cache en Doregon et ses alentours ; Carina Rozenfeld crée une infinité de possibilités. C’est un pur plaisir que de se laisser surprendre par la découverte de cet univers multiple beau, vivant et coloré sous chacune de ses formes et dont les mystères ne sont pas tous dévoilés. La variété des inventions de l’auteure est étonnante, d’autant plus qu’il est certain que le tour est loin d’être fait dans cette première partie. Certains éléments entraperçus ne provoquent qu’une envie : celle de partir à leur poursuite pour lever le voile et en prendre encore une fois plein les yeux.
L’art, la création, sont des composantes importantes de l’histoire et se ressentent jusque dans le coeur du récit : la grâce des animaux, la lumière qui émane de Mia ou la splendeur des décors se trouvent confrontés à une rudesse et une noirceur toutes aussi esthétiques sous la plume de l’auteure. C’est donc avec émerveillement et émotion que se poursuivent les explorations, le lecteur souhaitant en découvrir toujours plus et attendant avec curiosité le moment où l’héroïne trouvera enfin ce qu’elle cherche, afin de sauver son monde de la destruction.

Carina Rozenfeld réussit à donner vie à des personnages attachants et à un univers fascinant, une terre d’aventures fabuleuses que l’on a de la peine à quitter. Une consolation cependant : le deuxième tome devrait arriver en librairie au premier semestre 2011.