Boneshaker (Cherie Priest)

Boneshaker (Cherie Priest)

Le Siècle mécanique

1. Boneshaker

Auteur : Cherie Priest
Editeur : Eclipse
Date de parution : 10/2010
Pages : 460
Prix : 18€

1880, la guerre civile américaine fait rage depuis près de vingt ans, poussant les avancées scientifiques dans des directions particulières, dirigeables ou blindés de combat par exemple. Seize ans auparavant, Seattle a connu une énorme catastrophe provoquée par le scientifique Leviticus Blue. Une partie de la ville est depuis entourée d’un énorme mur pour confiner une fuite d’un gaz lourd et mortel, hanté par des morts revenus à la vie. Voulant prouver que son défunt père n’est pas le monstre prétendu, Zeke Blue décide de braver les dangers et de retourner dans la zone sinistrée. Sa mère Briar se lance rapidement à son secours.

Un récit multiple

Difficile d’arriver à présenter Boneshaker en peu de termes. Non pas que le roman soit dense ou compliqué, mais l’univers de base ainsi que le style employé sont originaux et demandent à être découverts au fil de la lecture.
Le côté steampunk n’est pas mis en avant à toutes les sauces, les progrès techniques servent un but précis et sont présentés aux moments opportuns ; l’environnement général étant assez proche d’une ville banale de la fin du XIXè. Les ajouts steampunk sont très intéressants, l’auteure réussit à présenter des mécanismes et outils d’aspect et d’utilisation singuliers. Mais au delà du roman steampunk, c’est également un très bon western qu’offre là Cherie Priest, et également une très bonne œuvre de zombies – appelés ici des Pourris. Un mélange des genres qui fait de Boneshaker un récit d’aventure aux multiples facettes.

Des personnages attachants, typés « Western »

Les héros sont relativement originaux. Le fils de quinze ans intelligent mais impulsif se retrouve comme une mouche prise dans une toile une fois de l’autre côté du mur, devant compter sur ses rencontres pour survivre, qu’elles soient amicales ou non. Sa mère, veuve de trente-huit ans devenue paria suite à l’horreur provoquée par son mari, vit sous le poids constant de l’ombre de son époux et de son père. C’est une femme forte pleine de ressources que l’on prend plaisir à suivre au fil des sa progression derrière les murs.

Les personnes croisées dans leur périple ont souvent des personnalités orientées « western ». Chinois, tenancière de bar et les piliers qui vont avec, vieux roublard, mystérieux Docteur ou encore valeureux pistolero suréquipé, rien ne manque. Le lecteur apprend petit à petit à comprendre et connaître leur choix de vivre caché sous terre, en lutte permanente, en organisation sociale précaire, la plupart ayant été marqués par une autre vie. Leur humanité et leur densité les rendent attachants, leurs différences enrichissant le récit.

Un style agréable pour un récit qui prend son temps

Le rythme de Boneshaker est lent. Cela aurait pu être fatal sur un livre aussi gros, mais Cherie Priest maîtrise son oeuvre. Peu de rebondissements ou de surprises, mais une ambiance très travaillée qui devient bien pesante par moments, voire angoissante. Les déplacements en extérieur nécessitent des masques à cause du gaz épais, le danger peut venir des Pourris comme des autres habitants ; la tension est souvent palpable et l’incertitude de mise. L’intérêt du livre ne réside pas dans les retournements de situations ou le coup d’éclat, malgré quelques belles rencontres avec les Pourris et autres scènes agitées. Mais elle se trouve dans la découverte et l’apprentissage de cette nouvelle société et de ses codes, son environnement et sa technologie. Le chemin est ici plus important que le but. Cette approche peut dérouter, mais d’autres apprécieront son originalité.

Avec Boneshaker, Cherie Priest offre un roman original aux multiples facettes, agrémenté à la fin d’une explication très intéressante concernant ses choix uchroniques. A condition de ne pas rechercher le spectacle, il est facile d’être conquis par cet univers steampunk à l’atmosphère… suffocante.