Contes de villes et de fusées

Contes de villes et de fusées, collectif

Contes de villes et de fusées

Auteur : Collectif
Anthologiste : Lucie Chenu
Couverture : Eric Scala
Editeur : Ad Astra
Date de parution : 09/2010
Pages : 246
Prix : 18,50€

Une préface et seize nouvelles entraînent au pays des contes. Des contes pour la plupart très connus, qui reprennent vie sous la plume des auteurs qui n’hésitent pas à les malmener, à leur rendre hommage, à se les approprier, pour faire vivre leur (dé)conte, transposition moderne et/ou science fictive de ces grands classiques. Imaginez le Petit Chaperon Rouge, la Belle au bois dormant ou les Trois petits cochons aux prises avec le monde actuel ou une société future et laissez-vous donc (dé)conter des histoires fabuleuses.

Un démarrage intéressant qui capte l’attention

Il faut le dire, une anthologie dirigée par Lucie Chenu, c’est toujours un gage de qualité, on se jette dessus les yeux fermés (et on les ouvre grands ensuite pour mieux apprécier les textes). Sa préface, sobre, revient sur le contenu des contes au fil de l’histoire et laisse au lecteur tout le plaisir de la découverte des univers créés par les auteurs. Drôles, touchants, dérangeants, ils s’annoncent en tout cas comme des textes profonds.
La première nouvelle, signée Julien Fouret, n’est pas à proprement parler une réécriture de conte, mais constitue une excellente ouverture sur l’âme du conte de fées, et commence à faire réfléchir.

Des textes très variés sur plusieurs points

Les récits proposés ensuite sont très divers, par le style de l’auteur, l’univers, le point de vue choisi ou encore le ton employé. Des nouvelles comme Grain de sel et Bretelle (Pierre Gévart) ou Le Pacha botté (Sylvie Miller et Philippe Ward) prêtent à sourire quand d’autres comme Corner Girl (Charlotte Bousquet) présentent des univers très sombres. D’autres encore enchantent par leur poésie, comme La Fée des glaces (Jean Millemann).
Dans tous les cas, les textes ne laissent pas indifférents, ils divertissent, dérangent parfois, font réfléchir souvent. Certains sont particulièrement durs et/ou touchants et la lecture laisse le lecteur aux prises avec un tourbillon d’émotions.

Il est plus ou moins facile de reconnaître les contes dont sont issues les nouvelles, même si la plupart respectent à la lettre la trame d’origine. Aussi, après avoir tenté de deviner, le texte explicatif de l’auteur à la fin constitue un éclairage bienvenu et d’un intérêt certain, permettant même de relire le conte avec un point de vue différent ou de lui donner une seconde force émotionnelle.

Des messages forts dans chaque nouvelle

Le conte est le moyen idéal pour faire passer un message, faire des clins d’œil, pointer du doigt. Le moderne ou le futur dans les contes classiques souligne des problématiques actuelles : dérèglement climatique, société de consommation, perte de l’innocence ou encore folie destructrice et manque de vision long terme. Ces thèmes sont notamment présents dans Un temps de cochon ! (Jean-Michel Calvez) ou Grain de sel et Bretelle (Pierre Gévart).

Le conte est aussi un rappel à l’ordre constant sur la condition humaine (mortalité, conséquences des sentiments les plus forts amour, haine ou égoïsme, libre-arbitre…), ce qui est notamment le cas dans La Mort Marraine (Sophie Dabat) et La Griffe et l’épine (Pierre-Alexandre Sicart). Il permet un retour sur soi, une visite devant un miroir qui ne cache aucune facette et plonge dans les aspects les plus noirs ou insoupçonnés de notre identité – le héros de Le Sang du large (Lionel Davoust) se retrouve ainsi face à lui-même et ses choix de vie.

Une anthologie de grande qualité, très prenante

Tous ces aspects se mélangent bien sûr et l’humanité ne se révèle pas uniquement chez les individus les plus attendus. La leçon est souvent amère, parfois juste une pique destinée à éveiller la conscience du lecteur. Et ça fonctionne. Les récits sont prenants chacun à leur manière, d’une grande qualité générale. Les univers sont originaux, possèdent une identité intéressante. Le style des auteurs garantit quant à lui la pertinence du propos et la prise émotionnelle.
Pour Judith (Jess Kaan) à titre d’exemple, est une nouvelle qui prend aux tripes et connecte le lecteur au héros désœuvré, à la recherche de réponses sur lui même et sur l’humanité ; les images restent en tête longtemps après la fin.
C’est avec un plaisir évident que le lecteur plonge dans ces univers variés et se laisse entraîner à la suite de personnages forts, charismatiques, inattendus, fascinants parfois.

Une magie qui fonctionne à merveille

Le conte et la science fiction ou la fantasy modernes sont faits pour cohabiter. La magie des récits originaux sublime celle des genres de l’imaginaire et vice versa, la symbiose est parfaite. La Magie est dans les sorts jetés aux innocents comme dans Swan le bien nommé (Mélanie Fazi) mais est aussi présente au quotidien pour peu qu’on sache la percevoir, comme le rappelle Lionel Davoust dans Le Sang du large.

Contes de villes et de fusées est une anthologie complète, aux thématiques, styles et univers variés, mais surtout un livre d’une qualité exceptionnelle. Elle enrichit le lecteur en provoquant rire, angoisse ou réflexion, et dévoile ou rappelle le talent d’auteurs à découvrir absolument. Coup de cœur.

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