Comme un poison dans l’eau (Yan Marchand)

Comme un poison dans l'eau (Yan Marchand)

Comme un poison dans l'eau

Auteur : Yan Marchand
Couverture : Zariel
Editeur : Griffe d'Encre
Date de parution : 04/2010
Pages : 80
Prix : 8€

Walter est un garçon pas vraiment très sociable. Il est bien difficile de provoquer chez lui le moindre intérêt, surtout si cela implique des relations avec les autres. Seul son merveilleux poisson l’intéresse et il vit avec son impératrice Meizi en toute harmonie.
Mais un jour à l’université, un étrange événement survient et la rumeur se répand : il y aurait du poison dans l’eau.

Un héros peu commun et peu aimable

Yan Marchand a choisi avec Walter un héros atypique, asocial à la limite de l’autisme. Coupé volontairement de ses semblables, ne les comprenant pas et ne ressentant aucune espèce de sentiment pour eux, il apparaît froid et distant, une personne a qui l’on ne prêterait sans doute pas grande attention au quotidien, vaguement antipathique à fréquenter.
En bref, un type quelconque qui vit se trouve très bien dans sa bulle. Au point que le lecteur se demande ce qui pourrait bien lui apporter un visage plus humain…

De ce côté là, l’auteur a bien travaillé son personnage et lui offre une évolution très intéressante au fil de l’aventure, le faisant expérimenter certains sentiments et le mettant devant des choix radicaux. Choisira-t-il d’aller vers ses semblables alors que les temps sont durs ?

Ambiance et style au service d’un récit captivant

L’ambiance de cette novella est très étrange. Aucun lieu n’est nommé, aucune date évoquée. Le choix d’un héros asocial offre un regard avec beaucoup de recul et d’objectivité face au drame qui se déroule. Il en résulte une impression d’univers pris dans une bulle, un conte moderne peut-être, sur les réactions humaines face à un événement difficile.
L’auteur réussit à plonger le lecteur dans un état second, quasi hypnotique, tant le récit est prenant et son universalité effrayante.

Le style de Yan Marchand est fluide, l’emploi de la première personne permet une immersion totale et accentue les sensations, ainsi que les réflexions qu’apporte l’œuvre.

Un récit très dur

Le récit en lui-même est très dur, véritable conte d’horreur. Comment l’humain réagit-il face à une situation de crise, quand sa survie est potentiellement en jeu ? Aucun aspect de la réponse n’est épargné et certaines scènes sont vraiment difficiles, âmes sensibles attention.
Le but n’est pas non plus de choquer gratuitement, l’auteur sait marquer pour faire réfléchir, les passages s’enchaînent selon une logique implacable et voient le héros (mais peut-on vraiment parler de héros) évoluer en même temps que la situation.
La morale finale est aussi percutante que le cœur du récit et le lecteur termine en se demandant comment lui-même réagirait face à de tels événements… Encore faut-il pouvoir regarder la réponse en face.

Percutante, dure, mais captivante, Comme un poison dans l’eau est une novella horrifique et humaine très intéressante, qui choisit de mettre face à une réalité bien peu avouable. A lire sans retenue et à méditer en profondeur.