Les Lames du Cardinal t.3 (Pierre Pevel)

Les Lames du Cardinal t.3 (Pierre Pevel)

Les Lames du Cardinal

3. Le Dragon des arcanes

Auteur : Pierre Pevel
Editeur : Bragelonne
Date de parution : 09/2010
Pages : 331
Prix : 20€

Agnès, partie enquêter au sein des Châtelaines, découvre une terrible vérité : Paris est en danger, menacée par un Dragon Ancestral dont les flammes pourraient tout détruire. Les Lames subissent coups durs sur coups durs tandis que des ennemis de la France s’organisent en vue de la réalisation d’un Grand Dessein.

Un volume rythmé malgré un démarrage questionnable

Ce dernier tome démarre sur des chapeaux de roue… par la fin du tome 2. Quelque peu réécrite certes, dans un contexte mieux développé et un petit retour en arrière. Une vérité est également assénée sans détour : un personnage principal est décédé et les détails sont obtenus par flash back. Résultat, le lecteur tombe un peu des nues.
Mais attention, ce dernier tome est tout de même le meilleur de la série, une fois passé ce démarrage qui semble maladroit. L’action y est ininterrompue du début à la fin, les mystères s’épaississent et se résolvent, des vieux ennemis réapparaissent. Le spectacle est grandiose, les combats acharnés, surtout lors du final.

Une narration inégale

Certains passages ne passent pas loin d’enflammer le lecteur (apprécions le jeu de mot…), deux bons moments d’émotions lui étant même réservés suite aux tragédies dont souffrent les Lames. Quelques scènes sont même plutôt belles, notamment dans les débuts. Mais sans s’en rendre compte, l’auteur fait tomber à plat ses plus belles envolées. Certains passages sont en effet très abrupts, coupés en pleine action pour se focaliser sur un autre personnage… qui à son tour voit son action brisée dans son élan. Ce qui aurait pu être dynamique ne fait que refroidir une ardeur qui ne demande qu’à s’exprimer et frustre au plus haut point.

Certaines descriptions plutôt bien senties se voient affadir par une phrase récapitulative, comme si le lecteur avait besoin d’une lapalissade pour bien assimiler ce qu’il vient de lire. Ces petites phrases courtes se trouvent en fin de partie, laissant une scène se conclure par cette sensation un peu amère d’être pris pour un idiot, même s’il n’en est rien, de toute évidence. Le lecteur aimerait plutôt pouvoir poursuivre la lecture de l’action sans attendre que le focus reviennent à nouveau sur cette partie de l’intrigue.
Le style de Pierre Pevel n’est pas désagréable, bien au contraire, mais ces choix narratifs inégaux ôtent une bonne partie du plaisir que procure cette plume vive et dynamique.

Des clichés inévitables (?)

S’ajoutent ensuite des clichés, relativement inévitables et presque attendus (voire plaisants) pour certains il est vrai, assez visibles dans ce tome-ci. Les grands héros plein de courage, les sauvetages in-extremis, l’apparition d’un sauveur… accumulation d’effets de style qui, pour plaisant qu’ils soient dans un roman de ce genre, ne sont pas toujours très heureux. Surtout lorsque l’impression finale reste sur ceux-ci.

Ils nuisent également à l’attachement envers les personnages, qui est déjà difficile à obtenir malgré leur évidente sympathie. Ceci est d’ailleurs des plus insatisfaisant pour le lecteur qui, après avoir pratiquement eu les larmes aux yeux dans une situation (enfin !), se retrouve à nouveau froid et insensible au sort de ses Lames préférées. N’allons pas trop loin non plus, le triomphe des Lames est souhaité de toutes les forces possibles, mais la victoire étant si prévisible et arrivant dans une indifférence relative, la déception est de mise. Certaines situations de détresse des personnages ne convainquent pas et l’affrontement ultime débarque un peu sans explication et est vite expédié. D’ailleurs certains mystères restent irrésolus, ce qui seraient appréciable et intéressant s’ils ne côtoyaient certaines platitudes qui leur enlèvent une bonne dose de charme.

Inutilité et manque de subtilité

Mais au delà du cliché, encore acceptable dans le déroulement d’un roman de cape et d’épée, ce sont les scènes inutiles et les impressions de remplissage plein de vide qui marquent. En effet, ce tome voit par exemple le retour d’un opposant redoutable. Mais le tapage autour de celui-ci, notamment face à une grande menace sur Paris, ne sert pas grand chose. Aucune de ses actions n’a d’incidence majeure sur la trame principale et frisent parfois l’incohérence (quel poids un caprice personnel peut-il avoir à l’aube de la réalisation d’un Grand Dessein…). Plusieurs scènes au fil du tome ne paraissent ainsi pas trouver leur place ou manquent de naturel dans le flot du récit, et souffrent d’indifférence ou d’oublis spontanés de la part du lecteur, comme cela aura pu se produire dans l’opus précédent.

Le manque de subtilité, réside encore une fois (cf.tome 2) dans les révélations assénées sans indice préalable et qui coupent court à toute surprise. Amenées sans détour aucun, celles-ci ne laissent pas au lecteur la possibilité d’extrapoler, l’auteur concluant à sa place. Bref, le lecteur ne se sent pas libre de sa lecture, lui qui n’est déjà pas acteur de par sa condition d’homme (ou femme) du XXIè siècle et de par son attachement fragile aux personnages et leur situation. Dommage car un peu plus de finesse aurait bien caractérisé cette époque d’apparences et de galanterie.
De plus, les clés de l’intrigue lui sont dévoilées par un personnage et bien malin le lecteur qui aurait compris de quoi il retourne sans les explications de celui-ci. Des indices, toujours un manque d’indice, pour arriver plus en douceur vers la compréhension globale et garder l’attention pleine et entière du public.

Conclusion sur la trilogie

Les dernières pages du Dragon des Arcanes concluent très bien le cycle, replaçant le contexte historique et son futur immédiat, envoyant les héros vers d’autres horizons et laissant ouverte la porte des complots et des intrigues car une bataille n’est point une guerre, aussi faut-il toujours rester sur ses gardes.
Concernant la trilogie, il est à regretter un manque de cohérence globale. « Tout ça pour ça » pourrait-on se dire ; un roman simple de Cape et d’épée aurait pu suffire au bonheur, là où une intrigue de fantasy, ressentie comme très accessoire, ne convainc finalement pas vraiment. Du beau spectacle néanmoins, même s’il manque de profondeur et de cohésion entre les tomes, qui saura conquérir les fans de la première heure jusqu’au bout mais laissera les sceptiques… toujours sceptiques.

Merci à Bragelonne et Livraddict pour cette lecture qui, si elle n’a pas été convaincante, a éveillé assez ma curiosité pour tenter une autre lecture avec l’auteur. La trilogie Wielstadt est dans ma PAL et j’espère pouvoir mieux apprécier cette plume non dénuée de talent.