Les Lames du Cardinal t.2 (Pierre Pevel)

Les Lames du Cardinal t.2 (Pierre Pevel)

Les Lames du Cardinal

2. L'Alchimiste des ombres

Auteur : Pierre Pevel
Editeur : Bragelonne
Date de parution : 06/2009
Pages : 330
Prix : 20€

Pas de répit pour les Lames du Cardinal. Après des aventures mouvementées les voilà de nouveau en mission, à la rencontre d’une Italienne qui affirme détenir un secret d’état. Un complot se préparerait contre la France et il serait mené par un Dragon redoutable : L’Alchimiste des Ombres.

Une intrigue plus rythmée, toujours relativement peu dense

Ce deuxième opus est un peu plus dense que son prédécesseur, pour une intrigue de fond qui semble plus développée. Logique quand dans le premier tome la mise en place était si longue. Ici, le lecteur est directement plongé dans l’action et rencontre de nouveaux personnages comme l’Italienne, accompagnée de ses mignons dragonnets ; et fait connaissance dans une moindre mesure avec les mystérieux Gardes Noirs qui accompagnent les Châtelaines, ces religieuses qui combattent les Dragons.
L’enquête concernant le complot mène les Lames en dehors de Paris, ce qui apporte un changement de décor bienvenu tant les répétitions concernant la puanteur et la chaleur des rues parisiennes étouffent. Comme dans le premier volume, l’action se condense surtout dans la deuxième partie du livre et les détails de ce qui précède s’estompent rapidement, notamment certaines scènes dont l’utilité échappe parfois.
Le rapport au contexte historique est encore plus présent, Pierre Pevel mettant en scène Madame de Chevreuse et ses amis, figures emblématiques de l’opposition au roi. Parfois, l’intégration d’éléments de fantasy semble être réalisée exprès pour coller à certains faits historiques, et manque quelque peu de spontanéité. Mais dans l’ensemble, le mélange est plutôt bien dosé.

Des choix de narration inégaux

Si le côté guide touristique est moins envahissant que dans le premier opus, ce sont les répétitions qui prennent le relai. Déjà présentes auparavant, elles deviennent agaçantes par moments. Comme si l’auteur considérait que le lecteur allait faire de longues pauses entre les chapitres, au point d’avoir besoin qu’on lui rappelle sans cesse des faits basiques. En guise d’exemple, l’apparition d’un agent de la Griffe Noire déjà connu au tome 1 est quasiment toujours accompagnée d’une phrase du style « S., qui était en réalité un agent de la Griffe Noire ». De nombreuses descriptions sont ainsi reprises régulièrement au fil des pages, alourdissant la lecture.

Dans l’histoire en elle-même, l’auteur donne l’impression de passer par de nombreux détours pour arriver à un point qui n’en méritait pas tant, apportant certaines révélations sans subtilité, telle l’identité de l’Alchimiste des Ombres, que l’auteur désigne du doigt dès son apparition, sans indice préalable, malgré un pseudonyme et l’ignorance des personnages. A cela s’ajoutent les descriptions relativement distantes, trop carrées peut être, où ne perce que peu d’émotion.

Le lecteur pourra donc se perdre, dans l’attente de rebondissements qui arrivent surtout vers la fin, et risque d’oublier une bonne partie de l’intrigue en court de route, sans que cela nuise à la compréhension globale, heureusement. Ou malheureusement, car ceci pourrait être le symptôme du sentiment de vide qui caractérise une partie de l’œuvre lorsque l’on souhaite en tirer la moelle. La dernière partie elle-même reste relativement énigmatique et cette incertitude quant à son importance n’aide pas à ressortir satisfait de la lecture. Mais l »histoire néanmoins coule assez bien et emporte au fil des pages et l’explosion finale fait repartir l’intrigue, suscitant assez d’intérêt encore une fois pour ouvrir le tome suivant. Pierre Pevel est décidément bon sur les cliffhangers.

Des personnages toujours agréables mais qui ne provoquent pas de passion

Le point positif majeur, outre cet attachement réussi à la cohérence historique et le changement de décor, réside encore une fois dans les personnages. Leprat, le mousquetaire, prend une dimension intéressante face à un alter ego dans l’autre camp. Laincourt, lui, révèle un côté sentimental. Le Cardinal garde sa superbe, secret et distant comme toujours. Des duplicités évoquées dans le premier opus, il ne reste en revanche plus grand chose. Les Châtelaines sont les énigmes de ce volume, cachant de toute évidence un secret, de telle façon qu’il est peu aisé de savoir si elles se classent parmi les alliés ou si elles jetteront sans regret des bâtons dans les pattes des chevaux de nos héros.
Malgré toute la sympathie que peuvent provoquer les protagonistes, s’y attacher semble toujours aussi difficile, leur sort pouvant laisser relativement froid, malgré le spectacle qu’ils offrent au lecteur.

Du spectacle, des rebondissements et du mystère, voilà qui ne manque pas. Oui, mais. L’oubli vient vite, l’indifférence reprend le dessus, l’incompréhension menace. La curiosité est heureusement toujours là, avec l’espoir que la suite et fin apporte l’éblouissement attendu.

Merci aux éditions Bragelonne et à Livraddict