Les Lames du Cardinal t.1 (Pierre Pevel)

Les Lames du cardinal t.1 (Pierre Pevel)

Les Lames du Cardinal

tome 1

Auteur : Pierre Pevel
Editeur : Bragelonne
Date de parution : 03/2010
Pages : 300
Prix : 20€

Paris 1633. Louis XIII règne, secondé par le Cardinal de Richelieu. La situation avec l’Espagne est tendue et le gouvernement doit sans cesse être à l’affût des complots. Parmi les pires ennemis de la France et de la race humaine, les Dragons menacent le fragile équilibre diplomatique entre les deux pays en froid. Richelieu fait appel à sa carte secrète : le Capitaine La Fargue, à qui il ordonne de réunir Les Lames du Cardinal, groupe de fameux espions et combattants qui œuvraient autrefois pour lui avant de tomber en disgrâce.

Saga historique à la fantasy légère

Cette série de Pierre Pevel s’annonce comme de la fantasy historique. L’auteur maîtrise parfaitement la situation géo-politique de l’époque et intègre une fantasy somme toute discrète au roman de cape et d’épée, via des dragons ayant apparence humaine et pratiquant la magie, œuvrant contre la France et pour une domination de leur espèce. Les complots étant monnaie courante à l’époque, l’idée d’en intégrer un de cette nature est plutôt bien imaginé et cohérent, pour une fantasy qui se fond dans le décor.

La maîtrise du contexte et de la ville de Paris est tellement importante, que l’auteur souhaite en montrer le maximum de détail, ce qui se traduit parfois par l’impression de suivre un guide touristique dès que les personnages se déplacent (voire un GPS : « ils tournèrent à gauche dans telle rue, puis à droite dans telle autre, qui était parallèle à celle-ci… »). Ce style pourra plaire aux amateurs de récits historiques, mais pourrait dérouter quelques lecteurs de fantasy habitués à d’autres styles descriptifs.

Certains lecteurs n’apprécieront également pas que, de la même manière, l’auteur les sorte du contexte. En effet, il arrive que certaines descriptions soient ouvertement faites par Pierre Pevel pour le lecteur du XXIè siècle, en rappelant qu’à cette époque tel bâtiment ne s’appelait pas encore comme maintenant, par exemple. Difficile de se plonger parfaitement dans le récit de cette manière et de se croire revenu au XVIIè lorsqu’on se fait régulièrement rappeler qu’on n’y appartient pas.

Une fluidité mise à l’épreuve

A ces soucis d’impression de tourisme s’ajoute presque logiquement une certaine distance descriptive. L’auteur semble parfois raconter un film qu’il aurait vu la veille, décrivant les mouvements et les décors d’une manière qui peut sembler artificielle. De plus, une quantité non négligeable des descriptions ne semble pas intégrée à l’action, coupant celle-ci et nuisant à la fluidité de l’ensemble du livre.

Le grand point noir de ce premier opus est certainement la confusion générale dans la manière de présenter les protagonistes. Les chapitres sont très nombreux, très courts et alternent entre les héros, qui ne sont pas ensemble au départ. Ce qui pourrait paraître rythmé et idéal pour un lecteur n’ayant pas forcément le temps de se plonger une heure dans le livre, s’avère être en réalité un sévère handicap. En effet, le lecteur n’a pas le temps de faire connaissance avec l’un, qu’il se retrouve à suivre l’autre. Sans compter que plusieurs personnages ont des noms à consonance proche (Saint-Luc, Leprat, Laincourt), ce qui accentue la confusion. On se retrouve ainsi page 200 sur 300 en se demandant encore qui est qui (à part Agnès, la dame de l’histoire, et le Capitaine).
Les informations arrivent nombreuses de part et d’autre mais aucun temps d’assimilation n’est laissé, l’action à un endroit étant parfois coupée pour reprendre plusieurs pages plus loin, les passages s’enchaînant ainsi sans transition. Ce style aurait peut-être pu passer dans un film, mais n’apparaît pas comme le meilleur choix pour amener le lecteur à s’attacher à des personnages qu’il n’apprend pas à connaître.

Des personnages intéressants dans une intrigue au rythme inégal

Malgré une rencontre difficile, les personnages sont sympathiques. S’y attacher est difficile avec toutes ces alternances, mais leur bonne humeur et l’ambiance cape et d’épée jouent en leur faveur. Chacun se démarque à sa façon et le lecteur trouvera sans doute son chouchou parmi ces Lames bien différentes les unes des autres. Leur point fort vient d’une certaine duplicité de la part de certains, dont on ne sait s’ils servent le Cardinal et la France ou bien les Dragons et où va leur loyauté entre leurs amis et leur maître. Laincourt est le personnage le plus complexe de ce tome et laisse longtemps planer le doute sur ses intentions. Le final dévoile le jeu d’un autre personnage, donnant envie de comprendre les implications d’une telle révélation en lisant le tome suivant.

Le rythme de l’intrigue est étrangement réparti. Alternances sur chacun des personnages pendant environ 200 pages, le cœur de l’action ne semble prendre place que sur la dernière partie du livre. Celle-ci est très riche, donnant un coup d’accélérateur à la fin, bienvenu après avoir tant peiné. Mais elle tarde trop pour se condenser sur une petite partie et ce déséquilibre nuit au plaisir et à la fluidité de lecture. Néanmoins, cette fin d’opus attise curiosité et intérêt, suffisant pour avoir envie d’ouvrir la suite, sans pour autant ôter la frustration (voire la déception) engendrée par la confusion.

Je remercie Livraddict et Bragelonne pour ce partenariat, car la découverte à défaut d’être bonne, est tout de même intéressante.

26 réflexions au sujet de « Les Lames du Cardinal t.1 (Pierre Pevel) »

  1. Comme tu le sais, je ne suis pas d’accord avec toi ! Ce que je remarque en lisant ta critique (et que j’avais déjà remarqué lorsque tu nous indiquais tes difficultés à lire le livre), c’est que les choses qui te gênent sont au contraire celle que j’ai appréciées !

    Les personnages, je m’y suis fortement attachée, même s’il est vrai qu’au début j’avais du faire plusieurs allers retours dans les pages pour être sure de bien comprendre qui était qui.

    De même, les petites touches historiques, les explications sur l’époque, me plaisent beaucoup. Par contre, à cause de cela, j’ai bien peur que les livres de Pevel ne soient pas pour toi. En effet, dans chacun de ses livres, il nous livre des éléments historiques. Moi j’aime beaucoup ça, mais je comprends que l’on puisse être agacé par cela.

    C’est dommage que tu n’aies pas pris vraiment plaisir à ta lecture, car j’aime toujours lorsqu’une personne apprécie la plume et les récits de Pierre Pevel.
    Mais comme je l’ai déjà dit, chacun ses gouts, et la lecture doit avant tout être un plaisir !

    • J’ai eu l’occasion de discuter avec une autre personne qui n’a pas aimé Les Lames. Elle a par contre aimé Wiestadt, qu’il me reste à lire. Je ne désespère pas d’aimer.
      Même si l’aspect historique me gène un peu dans la manière d’être raconté, s’il n’y a pas les autres détails qui m’ont déplu ici ça devrait aller. Je pense qu’en l’occurence il y a surtout trop d’accumulation pour moi et que ça aurait pu me plaire avec quelques différences. 🙂

  2. J’ai bien envie de découvrir ces romans, malgré ta critique mi figue mi raisin 😉
    Mais malgré tout je trouve que tu donnes envie de lire ce roman bien qu’il ne t’ai pas transcendée, c’est super 🙂

    • Ah ben tant mieux alors Lalou, mon but était de dire mon ressenti sans pour autant briser les envies de découverte, c’est donc parfait. Merci. ^^

  3. Eh bien eh bien, il ne fallait pas s’en faire, finalement… je trouve que ta chronique est bien équilibrée, tu mets en avant des points positifs aussi bien que des points négatifs, et le choix de l’auteur d’avoir fait alterner rapidement les points de vue et d’avoir truffé son récit de descriptions historiques est quelque chose qui ne plaît pas à tout le monde, je pense qu’il en est conscient 😉
    Après, je n’ai pas spécialement envie de lire le livre, mais promis, ce n’est pas ta faute !

  4. Je suis assez d’accord avec toi. Le côté historique aurait pu m’intéresser, mais peut-être présenté différemment. 🙂
    On peut pas tous aimer les mêmes choses après tout, de toute manière, l’essentiel c’est que chacun se fasse son propre avis.
    Je suis cependant contente de ne pas être la seule à avoir un avis mitigé, parmi tous ceux du partenariat ^^ Ça enrichira l’échange avec l’auteur le 23 🙂

  5. Je suis contente de découvrir un avis plus mitigé à propos de ce roman. C’est un livre qui m’intéresse, mais ce que tu dis à propos des descriptions ne me plaît guère, surtout sur le fait que l’auteur nous sort du récit à cause de ses précisions…
    A voir quand je le lirai 🙂
    J’attends ton avis sur la suite avec impatience, tes chroniques sont très agréables à lire !

  6. Hehe, je l’attendais impatiemment ce billet et je te dis bravo ! Il est très bien construit et présente parfaitement tes ressentis.

    C’est vrai qu’au début, c’est très dur de s’y retrouver avec tous les personnages, c’est foisonnant et peut-être même trop. Il faudrait limite des spin-off sur chacun pour vraiment tout apprécier (oui, un spin-off sur Saint-Lucq !!! ^^).

    J’attends maintenant tes billets sur les deux tomes suivants. 😀

    Bonne semaine et bonne(s) lecture(s) !

    Bises,

    Meli

    • Merci Meli ^^
      C’est vrai qu’un livre qui se concentrerait sur un perso particulier ça pourrait le faire :p
      Bonne semaine à toi ^^

  7. Je me retrouve assez dans le point de vue d’Olya. J’ai pour ma part fort apprécié cette alternance rapide et musclée dans la présentation des personnages. De même j’ai été assez friand des précisions nombreuses qui sont apportées dans le récit ou parallèlement à celui ci concernant notre bonne vieille ville de Paris. Ta chronique est mitigée certes mais le lus important est qu’elle reste toujours objective ;o)

  8. Pour ma part je ne les ai pas lus, je n’avais pas vraiment envie de les lire au vu du résumé et comme je m’en doutais ton avis me conforte dans ma « non-envie » 😛 De ton billet, il ressort une impression de confusion de ce livre…

    • Jettes-y un oeil mon grand. Je te dirais juste que j’ai parlé avec quelqu’un qui a aimé Wiestadt mais pas les Lames. Quant à moi au contraire, je continuerai par cette trilogie, je pense que j’ai choisi le meilleur sens ^^

  9. J’avais acheté ce roman, il y a déjà un certain temps. J’avais envie de changer de style de lecture et le résumé m’avait fortement attiré. J’aime autant du fantastique que l’urban fantasy ou encore les romans historiques et la littérature du XIXeme.
    J’ai faillit décrocher au prologue : je n’ai pas accroché au style de l’auteur et quelques petits détails m’ont fait grincer des dents… comment un pentacle forme une étoile à 12 branches, il va falloir m’expliquer comment.
    Bref je suis passée au dessus des répétitions, des phrases lourdes et j’ai entamé la lecture du roman. Je ne suis pas allée encore bien loin mais en moins de 10 chapitres, mon ressenti a été le tien et même si ma curiosité l’emportera sans doute, j’ai bien du mal à me plonger dans cette histoire.
    Il me semble avoir saisi l’histoire, mais la manière dont c’est amené, je me demande où l’auteur compte nous amener, j’ai une sensation de récit décousu, je terminerai sans doute la lecture de ce premier tome, mais je doute acheter les deux suivants si le reste du récit me convainc aussi peu.

    • Ouille, quel dommage. J’avoue avoir tiqué dès le prologue aussi, malgré une approche à la base très positive de ce livre.
      Les tomes suivants m’ont semblé moins lourds, mais avec une construction très bancale. Si jamais l’envie t’en prend à la fin de ta lecture, tu pourras lire mes chroniques. Je ne spoile que le strict minimum et ça pourrait te donner une idée.
      J’avais offert mes livres à un ami fan d’histoire en lui disant simplement que ça ne m’avait pas plu et en espérant qu’il y trouverait plus son compte, mais ni lui ni sa soeur n’ont accroché au final.
      J’espère que ta prochaine lecture saura mieux te convaincre.

  10. J’ai lu énormément de critiques positives sur ce roman et je me demandais presque si j’étais la seule à avoir décroché ! Je n’ai même pas réussi à le finir en fait mais je pensais réessayer plus tard mais… Pas motivée ! J’avoue que ta chronique pointe des éléments que j’ai également ressenti et j’ai encore moins envie de réessayer. Il y a tellement de romans à lire que ce n’est pas une priorité..

    • Oh oui, tellement à lire ! Surtout quand il s’agit d’une trilogie et qu’on cale au premier, franchement c’est dur de s’y remettre. Au pire retente l’auteur sur un autre titre un jour mais si t’as pas trop adhéré au début le reste risque de ne pas t’embarquer non plus pour celle-ci.

Les commentaires sont fermés.