La Voix du Feu (Alan Moore)

La Voix du feu (Alan Moore)

La Voix du feu

VO : Voices of Fire
Auteur : Alan Moore
Editeur : Calmann-Lévy (Interstices)
Date de parution : 2008
Pages : 331
Prix : 19,90€

C’est l’histoire de Northampton, la ville natale d’Alan Moore, vue au travers de 12 histoires plus ou moins liées. On retrouve dans la majorité de ces récits, comme le dit Neil Gaiman dans la préface « des gens, des voix, des têtes coupées, des pieds estropiés, des chiens noirs et des bûchers crépitant ». Ces récits commençent par l’histoire d’un attardé venant de perdre sa mère en 40000 av. J.-C. et traversent les époque jusqu’à retrouver Alan Moore lui-même écrivant ce roman dans son manoir en 1995.

un savant mélange de réalité et de fiction

Nous trouvons dans ce roman, oui roman plus que recueil, douze récits qui présentent autant de différences que de points communs. Si ils se passent tous à des temps éloignés les uns des autres, tous se déroulent au même endroit et reprennent des élément du folklore local propre à la région de Northampton. L’auteur y mêle allègrement des faits qu’il a pu rassembler de toutes parts, un vrai travail de fourmi, avec son imagination débordante. Ce mélange est tellement bien fait qu’il est difficile de démêler la vérité de la fiction.

une narration savamment maîtrisée

Chaque récit a un ton unique. L’auteur adapte à la fois le vocabulaire et contenu à l’époque, mais aussi la manière de narrer son histoire. Un style direct avec un vocabulaire limité pour le simple d’esprit de l’âge de pierre, un style volontairement maladroit pour le journal intime d’un malade mental, une histoire raconté par une tête planté sur une pique à l’entrée d’une ville, bref, un exercice littéraire très utile dans ce récit et parfaitement maîtrisé par l’auteur. Chaque personnage racontant sa propre expérience, l’histoire en devient subjective, car orientée par une vision biaisée par la propre perception du narrateur.
Toute ces techniques permettent une excellente immersion et de parfaitement se prendre au récit. La contrepartie étant un vocabulaire très riche et un style assez dense qui peut nécessiter une forte concentration pour la lecture.

une lecture exigeante mais intéressante

Alan Moore arrive à mêler avec brio son côté abrupt et direct avec son côté poétique, chose qui n’est pas aisée quand on aborde des sujets aussi violents et difficiles, comme l’abandon par les siens ou encore un choix de vie qui nous dépasse et se retourne contre nous. Au final La Voix du Feu est un récit très agréable à lire et très prenant. De plus, la grande variété d’époques abordées au cours des différents récits permettra à tout le monde de retrouver des périodes de l’histoire qu’il affectionne et peut-être dans découvrir d’autres sous un nouveau jour. Un petit mot de la fin pour l’excellent travail de traduction de Patrick Marcel, qui permet de profiter pleinement de l’excellent style de Moore.
Je recommanderai donc ce récit, mais pas à n’importe qui, car même si il est extrêmement intéressant et bien construit, il n’en reste pas moins complexe et exigeant pour le lecteur.