Fils-des-brumes t.1 (Brandon Sanderson)

Mistborn (Brandon Sanderson)

Mistborn

1. The Final Empire

Auteur : Brandon Sanderson
Couverture : Christian McGrath
Editeur : Tor Books
Date de parution : 2007
Pages : 643
Prix : 7,99$

Luthadel est la capitale de l’Empire Ultime, sur lequel règne depuis plus de mille ans le Seigneur Maître (The Lord Ruler), un tyran qui enferme son peuple dans la misère.
Dans la ville constamment soumise aux pluies de cendre, Vin survit parmi une troupe de voleurs, grâce notamment à un don étrange qu’elle même ne comprend pas vraiment. Sa rencontre avec Kelsier, qui lui révèle la véritable nature de ses capacités, va bouleverser sa vie et l’amener à participer à un projet fou : renverser l’Empire.

Un très bon univers de base, sublimé par un style efficace

N’allons pas par quatre chemins : Brandon Sanderson est bon, très bon. Son univers est emprunt du meilleur de la fantasy classique, tout en présentant une originalité bienvenue. Le milieu urbain imprégné de cendre et envahi par les brumes nocturnes, avec ses rues crasses, quartiers pauvres et édifices majestueux de nobles, offre un décor attirant.
La société imaginée fait froid dans le dos, les pauvres, appelés Skaa, n’ont même pas un statut humain et sont exploités par des nobles contrôlés par le Seigneur Maître. Il ne faut pas oublier les Inquisitors et les Obligators (in english), figures de l’autorité religieuse et économique, modèles de cruauté.

Le système de « magie » (qui n’est pas évoqué réellement comme magie, mais plus comme capacité) est des plus originaux : l’Allomancie permet de brûler certains métaux, ce qui donne des facultés spéciales. A chaque métal sa particularité, que le lecteur découvre en même temps que Vin. Ce principe est très cohérent, mené par l’auteur, et donne lieux à des instants épiques, véritables combats de titans.

Côté récit, la plume est fluide, la construction admirablement maîtrisée. Les indices sont semés aux bons endroits et bons moments, rien n’est superflu, l’ensemble tend parfaitement et logiquement vers la fin, les révélations étant amenées avec efficacité. Le vocabulaire créé spécifiquement s’intègre parfaitement. Les sentiments, complexes, sont bien décrits et dosés ; ils contaminent facilement le lecteur qui est alors entraîné dans l’aventure avec facilité.

L’auteur embarque grâce à son style, la méfiance et le doute des personnages principaux Vin et Kelsier déteint sur le lecteur qui ne saura plus à qui ou quand attribuer sa confiance, ce qui crée une atmosphère subtile de suspense permanent. Rien n’est facile, chaque victoire se gagne à la sueur du front et avec plus ou moins de pertes humaines, certaines ont un goût amer alors qu’une défaite pourra s’avérer utile. Sanderson manipule adroitement son histoire, pour ne pas la rendre linéaire et insipide mais offrir au contraire une belle complexité.

De vrais bons personnages

Les personnages méritent amplement leur paragraphe. D’une grande profondeur, ils sont par conséquent complexes, en constante évolution. Leurs expériences ou des rencontres, peuvent les amener à changer, s’adoucir ou s’endurcir.
Marqués par la vie chacun à leur façon, leur souffrance est loin d’être pathétique, la force qu’ils en tirent impose le respect et les rend attachants. Jamais ils n’apparaissent comme des héros absolus, mais sont au service de quelque chose de plus grand qu’eux. Ils gagnent leurs batailles et surmontent les obstacles un à un, dépendant de l’équilibre de toute une équipe pour réussir, malgré leurs grandes qualités ou leurs capacités impressionnantes.

Les personnalités sont très différentes et bien identifiées, comme souvent en fantasy, avec une force brute, un manipulateur, un héros de l’ombre, sans oublier les personnalités effacées qui n’ont pas une moindre importance. Kelsier et Vin trouvent écho l’un en l’autre grâce à leurs histoires personnelles, l’enfant apprenant de l’homme et inversement. Les individus, confrontés les uns aux autres, grandissent. Ils ne sont pourtant pas infaillibles et certaines erreurs coûtent très cher, rien n’est gagné par avance.

Le premier tome laisse entrevoir et soupçonner d’autres peuples et cultures, croyances et paysages, qui laissent présager d’un approfondissement de l’univers dans les deux tomes suivants après ce premier centré sur la capitale.

Un pur plaisir de lecture

Il semble important pour Mistborn de parler de ce plaisir de lecture. Ce livre n’est pas exempt de quelques clichés, que l’auteur ne renie pas mais dont il se sert au contraire habilement pour rendre son récit passionnant. Le rythme est soutenu, les six cents pages défilent avec aisance et captivent. Les rebondissements sont nombreux, attendus ou non et toutes les questions trouvent réponse, sauf celles qui seront dévoilées dans les prochains opus.
Brandon Sanderson rend son œuvre très visuelle, les protagonistes prennent vie avec une aisance déconcertante et l’univers dans lequel ils évoluent est palpable, au point que le lecteur en frotterait ses vêtements pour en décrocher les cendres, une fois le livre terminé. Prendre un tel plaisir à lire un roman, voilà qui n’arrive pas tous les jours.

Merci à Brandon Sanderson pour ce magnifique début de trilogie, dont la fin n’est pas un cliffhanger mais une étape bien terminée dans la vie des héros. Le Puits de l’Ascension (The Well of Ascension) sortira en octobre chez Orbit et est d’ores et déjà attendu par les fans français. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore, inutile de résister. Que l’on aime la fantasy, que l’on souhaite la découvrir, ou changer de lecture, bref quand tout ce qui importe est de se faire plaisir en lisant, Fils-des-brumes est le titre tout indiqué. Coup de cœur (soyons fou).

L’Empire Ultime, Orbit, 603 pages, 25€

Une lecture commune avec : Nathalie, Phooka, Miss Spooky Muffin, Taliesin.