Neverwhere (Neil Gaiman)

Neverwhere (Neil Gaiman)

Neverwhere

Auteur : Neil Gaiman
Editeur : Headline Review
Date de parution : 2005
Pages : 372
Prix : 7,99£

Richard Mayhew a une petite vie bien réglée : un appartement londonien, un travail de bureau, des amis, une fiancée qui l’entraîne dans toutes les manifestations artistiques et dirige une bonne partie de sa vie. Tout bascule le jour où apparaît devant lui une jeune fille blessée, qu’il emmène chez lui pour la soigner et qui se présente sous le nom de Door (Porte). Mais en rendant service à cette inconnue, sa vie vole en éclat et il se retrouve propulsé dans un monde hostile dont il ne soupçonnait même pas l’existence : le Londres d’en bas, à la société étrange et très bien organisée.

Un conte merveilleux

Neverwhere fut au départ une mini-série TV commandée à Gaiman par la BBC. N’ayant pu développer son univers de manière aussi détaillée qu’il le souhaitait, l’auteur décida d’écrire le roman qu’il avait en tête. Grand bien lui en a pris !

Dans son style simple mais débordant d’imagination, Neil Gaiman donne vie à cet autre Londres, effrayant et sale, mais merveilleux et fascinant à la fois. Il propose au lecteur un conte moderne, où la princesse se balade dans les égouts, où la méchante sorcière est un duo démoniaque, la bonne marraine un dandy se faisant payer en faveurs et le preux chevalier un londonien moyen bien ennuyé de se retrouver au milieu. Le décor est atypique et malgré les répulsions qu’il pourrait inspirer, les descriptions le font apparaître coloré, vivant, charmant à sa manière.
C’est là tout le talent de l’auteur d’arriver à mettre de la poésie dans la misère, de la magie et de la féérie dans la grisaille et de rendre visible l’invisible. L’univers est extrêmement riche et détaillé, rien n’étant laissé au hasard, ni les personnalités croisées ni les lieux évoqués.

Après avoir lu Neverwhere, le lecteur ne verra plus le métro londonien de la même façon et saura sans doute prendre le temps d’observer ces choses insignifiantes qui l’entourent, mais qui pourraient bien révéler une magie ancienne, une porte vers une autre vie.

De beaux personnages…

Même si le lecteur est parfois tenté de secouer Richard Mayhew, le héros malgré lui, pour être un peu trop empoté, il est aisé de s’attacher à cet homme simple qui tente maladroitement de s’en sortir dans un univers qui dépasse son entendement. Son bon cœur et sa volonté de ne pas être un fardeau le rendent touchant et le définissent bien en tant que héros.
Chaque personnage est comme un acteur de théâtre au costume exubérant, à la personnalité bien définie, captivant par ses gestes et ses paroles, scotchant le spectateur à son fauteuil. Proches de la caricature, ils y échappent par le côté conte que possède le récit. Le Marquis de Carabas est un énergumène particulièrement magnifique et un des personnages secondaires les plus attachant. Lady Door est une jeune personne charmante, fragile et forte à la fois, petit lutin plein de noblesse, maîtrisant son territoire souterrain.
Les méchants, M. Croup et M.Vandemar, sont assez atypiques, à la fois détachés de la condition humaine et sensibles à la colère, diablement cruels et complètement décalés dans ce monde humain, ce qui les rend d’autant plus effrayants et… drôles. Un paradoxe intéressant sur lequel joue très bien l’auteur.

…qui portent un récit prenant

L’intrigue est bien équilibrée, les rebondissements sont nombreux, entre trahisons, attaques inattendues, énigmes et lieux étranges. L’auteur balade le lecteur, qui se laisse prendre par la main et écarquille les yeux à chaque bifurcation des égouts, émerveillé par la beauté que l’écrivain réussit à leur donner.
Neil Gaiman réserve quelques franches surprises le long du récit, laissant planer des ambiguïtés sur certains personnages et leur intentions. Bien que ces surprises soient absentes à la relecture, le roman ne perd rien de son charme, les réactions de déception ou de douleur des héros étant toujours communicative. Chaque petit détail du récit a son importance, révélée au fil de l’aventure, marquant l’habile construction de l’auteur et sa maîtrise de l’œuvre de bout en bout.

Neil Gaiman est particulièrement doué pour les fins, ce qu’il prouve dans ce titre encore une fois. Le dernier chapitre plonge le lecteur dans une errance personnel, il fusionne ainsi avec Richard et vit les derniers moments de l’aventure avec lui, oubliant son univers personnel et plongeant dans Neverwhere sans aucune retenue.

Un livre magique ?

Il y a de la magie pure dans Neverwhere, de celle qui fait les contes qui traversent le temps. De celle qui se transmet d’un monde à l’autre, qui imprègne la lecture même une fois qu’elle est terminée et qui donne à chaque petite détail de la vie un goût fabuleux. Premier livre que j’ai lu de Neil Gaiman, il reste un de mes préférés, captivant et facile à lire (même en VO), plein de charme. Neverwhere se lit à la fois avec des yeux d’enfant et d’adulte, avec le même émerveillement.

(nouvelles éditions Au Diable Vauvert)

Merci à Leyla pour m’avoir permis de redécouvrir ce coup de coeur pour la première fois en VO, ainsi que pour l’avoir parsemé de petites choses, faisant de mon exemplaire un livre doublement plein de souvenirs.
Neverwhere, une lecture commune avec : Laure, FrankieMiss Spooky Muffin, Lexounet, Leyla, Alice, Mélo.

43 réflexions au sujet de « Neverwhere (Neil Gaiman) »

  1. Très bel article Lelf ! C’est marrant, je n’ai pas trouvé Richard empoté ! Désarçonné, sans aucun doute mais on ne le serait à moins ! 🙂

    • C’est le côté enfant qui pige rien, qui s’entête à refuser ce qu’il voit (et du coup ne réagit pas trop comme il faut). C’est surtout au début, mais même s’il s’adapte je ne le vois pas très dégourdi ^^

  2. J’adore ton article, particulièrement le premier passage un peu poétique (… rendre visible l’invisible) ; si avec ça tu ne convertis pas deux ou trois lecteurs, je me petit-suisside !
    Sinon, c’est cool que tu aies toujours autant aimé à la seconde lecture, j’hésite souvent à relire mes livres préférés de crainte de les trouver moins bien aujourd’hui, mais tu me donnes envie de me lancer. Merci !

    • C’est la poésie de Gaiman qui est communicative ^^
      Pour la relecture je dirais que ça dépend du livre et de la façon dont tu le lis. Là en plus comme c’est Leyla qui me l’avait offert, avec des cartes postales dedans, ça a créé une histoire supplémentaire qui m’a rattachée au livre 🙂

  3. Coucou Lelf!

    Voilà donc encore un Neil Gaiman à découvrir pour moi! Très sympa ton billet!

    PS1: nous t’avons taggée avec Phooka 😉

    PS2: curieuse je suis, curieuse je resterai: pourquoi Belgarion???

    • Merci ^^ (pour le tag aussi :p)
      Belgarion est le héros de La Belgariade (entre autre), une série fantasy de David Eddings. 😉

  4. (Tu veux que je te ramène la série ou tu l’as vue ?)

    Je le relis une fois par an en moyenne ce bouquin…
    Très chouette article miss !

    Et maintenant si quelqu’un peut me dire dans quel roman du Disque-monde de Terry Pratchett on retrouve un duo style Croup/Vandemar qui cite Pulp Fiction, ça m’évitera de passer l’après-midi sur Wikipedia au lieu de bosser, merci 😀

    • (Je l’ai vue, tu me l’avais prêtée à l’école, merci ^^)
      Merci aussi pour l’article 😉

      Pour Pratchett si tu n’as pas trouvé je dois avec des spécialistes à portée de main sur un forum, je leur demande. 😉

  5. kikoo !

    Je connais pas cet auteur pourtant j’ai bien envie d’essayer son dernier.
    Bravo pour ton article ! Je vois qu’en plus tu as aimé cela devient tentant…
    Florel.

    • Nobody Owens en jeunesse est sympa, Coraline est très très bien, American Gods est super. Et puis Neverwhere génial, je pense que c’est le mieux pour commencer en fait ^^

  6. J’ai découvert Neil Gaiman, récemment avec son recueil de nouvelles « Miroirs et fumée ». J’ai adoré, je veux tout lire de cet auteur. Dans ma PAL, j’ai « Stardust » et je note « Neverwhere » pour une future lecture. Bel avis !

    • Vu que les avis sur « Miroirs et fumée » sont en général mitigés, je peux te dire que tu vas adorer ces romans 🙂
      Moi il me reste Stardust et Fragile Things (l’autre recueil ^^) dans ma PAL et j’ai hâte ^^

  7. Le roman qui m’a véritablement fait découvrir Gaiman (Bons Présages m’ayant plutôt emmené vers Pratchett).
    Un excellent souvenir avec cet univers aussi sombre qu’enchanteur.

    • Aussi découvert avec ce titre. Marrant, « De bons présages » ne m’avait fait basculer ni chez l’un ni chez l’autre. 🙂

    • Si tu ne craques pas tout de suite, garde le au moins en tête pour un (plus ou moins) lointain passage en librairie, il vaut le coup. 😉

  8. Très bel article pour un ouvrage qui le mérite amplement. J’en garde un souvenir merveilleux, il fut la porte d’entrée dans l’univers de l’auteur.

  9. Ping : Neverwhere | De l'autre côté du miroir

  10. J’adore ton article Lelf 🙂 . Je dirai même qu’il résume à merveille mes impressions de lecture ( comme je le disais sur Livraddict , mon article à moi ne paraitra que le 11 ) .

    En tout cas ,je suis ravie que tu l’aies apprécié et encore plus que si tu as aimé les petites choses que j’ai ajouté ^^

    • Merci ^^
      Je ne manquerai pas de lire le tien 🙂
      Et je trouve ça génial d’avoir eu ce livre grâce à toi et qu’il ait des touches personnelles en plus ^_^

  11. Ça tombe bien, je passe à portée de la bibliothèque de Jne samedi, j’vais me servir 🙂
    Depuis le temps qu’on me dit qu’il faut que je le lise, celui-là !

    • J’ai cru voir ça. C’est dommage, mais heureusement que nous d’adhérons pas tous de la même façon aux histoires, ça enrichit le débat ^^

    • Personne n’est nul. Tu devrais faire un tour au pays des bisounours toi, ça te ferait pas de mal =D
      Ça tombe bien sinon, j’ai Stardust en VO. Et illustré.

  12. Je n’ai lu que Stardust de Neil Gaiman, mais j’ai beaucoup entendu parlé de Neverwhere, je me laisserais bien tenter finalement s’il est si magique que ça 🙂

    • Neverwhere est souvent présenté comme l’incontournable de Gaiman ^^
      J’ai Stardust dans ma PAL qui attend sagement ^^

  13. Je me balladais ici pour trouver ma prochaine lecture… je crois que je vais essayer de décoter celui-ci, ton article est très convaincant! J’en ai déjà l’eau à la bouche! (en plus j’ai adoré Stardust… celui-ci devrait me plaire!)

  14. Ben au final ce sera American God’s, ils n’avaient plus Neverwhere à la librairie… (et j’ai grand besoin d’un bouquin tout de suite ^^). Pour une prochaine!

  15. Je l’ai enfin trouvé en poche à la librairie et dévoré! J’avais été un peu dubitative vis à vis d’American Gods, qui n’était pas du tout le même type que Stardust (plus pour adulte, plus décalé, plus bizarre). Neverwhere lui ressemble plus, avec la poésie de Gaiman. J’ai adoré!

    • Il y a toujours de la poésie chez Gaiman, c’est pour ça qu’on l’aime. Certes, American Gods a une personnalité particulière (faut que je me l’achète en VO d’ailleurs pour le relire) et Neverwhere reste le roman le plus accessible. Et mon chouchou <3

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