Un phare au milieu de nulle part, habité par un homme que nul n’a jamais vu, pas même les marins chargés du ravitaillement. La solitude depuis toujours. Comment fait-il donc pour la supporter, de quoi est donc faite sa vie ? Que lui reste-t-il donc en plus de son imagination ?
Chabouté est coutumier des récits en noir et blanc plein de poésie et d’humanité. Après Construire un feu, adaptation colorée d’une nouvelle de Jack London à la narration extérieure, l’auteur retourne à ce noir et blanc épuré qu’il maîtrise à la perfection, parfaitement adapté pour un récit à nouveau très contemplatif et presque muet. Mais cette fois, point de narrateur, les seules paroles prononcées sont le fait des personnages.
La cadence de l’histoire ainsi que le découpage des planches plongent le lecteur dans le récit, au rythme des vagues qui se succèdent invariablement au fil des jours et des semaines. Le trait est plus vif et rude que dans Construire un feu, brut et tranchant comme la solitude vécue par ce personnage isolé dans son phare. Le dessin est beau. Beau comme l’océan infini, comme un paysage tranquille et loin de tout. Beau comme le cœur de certains hommes dont on ne soupçonne parfois pas les qualités. Les plans obéissent à la plus grande logique, suivant le regard d’un personnage, le vol des oiseaux ou le sillage d’un bateau.
Le récit a beau nous plonger dans le silence et l’observation, ce n’est pas pour autant que la BD, dense avec ses 368 pages, se lit vite. Au contraire, on se surprend à passer du temps sur chaque case, avançant doucement mais sûrement, telles les mouettes planant au-dessus de l’eau, se laissant porter par le mouvement des vagues. Avec Tout seul, Chabouté signe un récit fort et sublime, graphiquement abouti, où résonne une grande bonté. Une œuvre qui pourrait devenir incontournable dans un avenir proche.
(Chronique publiée sur BDGest le 22/09/2008)
Related posts:





Ho je ne connaissais pas mais tu me donnes bien envie de lire cette BD, je vais voir si je la trouve en librairie
Je me rends compte que j’en dis peu sur l’histoire. Mais ça vaut le coup, c’est plein de poésie. Et ça se savoure tranquillement. Un instant de bonheur sur pages blanches ^^
Je viens de le finir et.. juste.. mû…
Merci de me l’avoir conseillé !
Ouech, il tue grave, Chabouté.