L’Enfant des cimetières (Sire Cédric)

L'Enfant des cimetières (Sire Cédric)

L'Enfant des cimetières

Auteur : Sire Cédric
Editeur : Le Pré aux Clercs
Date de parution : 03/2009
Pages : 422
Prix : 18€

David est photographe de presse, bien que sa compagne trouve qu’il gâche son talent et le pousse à choisir la voie artistique. Un soir, son amie journaliste l’appelle sur les lieux d’un drame : un homme devenu fou vient de tuer de manière sanglante sa femme et ses deux enfants, avant de retourner l’arme contre lui. Fait divers vite classé ? Pas si sûr. Le lendemain, un adolescent armé devient à son tour bourreau et victime de folie, persuadé d’être poursuivi par des ombres. L’affaire s’étoffe, laissant la police, menée par le commandant Vauvert, perplexe. Et si une légende urbaine avait pris vie ? Et si les démons existaient bel et bien ? David, vite touché personnellement par l’histoire, mène l’enquête en parallèle des forces de l’ordre.

Un roman horrifique captivant

Dès le prologue, très cru, le lecteur est plongé dans une ambiance sombre et angoissante qui ne le lâchera pas jusqu’à la fin. Les premiers meurtres, particulièrement violents, interpellent. Et même si l’identité du bourreau se dévoile assez rapidement, la question n’est plus de savoir « qui », mais surtout « que faire, comment lui échapper ». Les protagonistes ne disposent d’aucun répit et le lecteur est embarqué dans une intrigue follement rythmée, marquée par des décès tragiques et des séances de torture mentale. Il en résulte une lecture rapide et captivante, impossible à abandonner malgré le malaise qu’elle provoque.
Certaines scènes sont assez « gores », décrivant les souffrance endurées avec un certain soucis du détail. N’étant pas purement gratuites, elles s’intègrent bien au récit et contribuent à l’identité du roman au même titre que le reste. Mieux vaut être averti cependant avant la lecture : âmes sensibles, s’abstenir.

Une plume sensible

Ou peut être pas. Car Sire Cédric fait preuve de beaucoup de sensibilité malgré le sujet traité et la violence omniprésente. Le langage est beau, le phrasé efficace. Certaines descriptions sont à la limite de la poésie, telle cette description d’œuvres artistiques. Elles donnent vie au décor et font ressortir la force des sentiments. Les émotions humaines sont en effet très bien dépeintes, surtout lorsqu’une femme fait partie du tableau. Il y a beaucoup de passion dans ces pages, touche de fraîcheur dans ce monde qui bascule dans l’horreur. Même les passages sanglants ne sont pas dénués de charme et de beauté, contribuant à la fascination du lecteur.
Le reste du livre est rédigé selon les codes du roman noir, style truculent par excellence qui révèle de magnifiques textes lorsqu’il est bien utilisé, comme ici. Il permet de mettre en scène des situations cocasses et des dialogues très sérieux mais parfois décalés, qui font sourire doucement.

Des personnages sympathiques et attachants

Le Commandant Vauvert est le personnage le plus sujet à ces petits décalages humoristiques, ce qui  rend d’emblée fortement sympathique ce grand gaillard à l’apparence impressionnante. L’intelligence, la force de caractère et l’humour sont ses principaux atouts, ajoutés à son instinct, qui font de lui un excellent policier et un superbe héros de roman. Il présente quelques clichés indispensables au roman de genre, comme sa carrure et son franc-parler.
Mais Vauvert n’est pas seul dans son enquête, qu’un photographe mène en parallèle à la sienne. David est lui en première ligne, directement en danger face aux forces démoniaques qui se déchaînent. Bien que moins charismatique que Vauvert, il est ce monsieur tout le monde qui n’aspire qu’à la tranquillité et qui se retrouve embarqué malgré lui dans la tourmente. C’est cette proximité avec le lecteur, sa douleur si compréhensible, qui rend son parcours attachant. Son angoisse, son épuisement, son abattement, deviennent ceux du lecteur qui ne pourra quitter le journaliste qu’une fois son sort clarifié, retenant son souffle d’ici là.
Le jeune meurtrier est quant à lui terrifiant par son absence de limites. Fragile, capricieux, il aurait eu tout de l’adolescent normal, s’il n’y avait eu son histoire bien particulière et ses immenses capacités. L’idée de ne pouvoir se défendre contre cet être est terriblement angoissante, ajoutée à l’impossibilité de lui échapper. L’enfant des cimetières est un rôle d’assassin particulièrement bien choisi.
Une des très rares petites gênes relevées, s’il faut en trouver, vient de la description des femmes, qui semblent toutes être belles ou avoir été belles dans leur jeunesse. Cet enthousiasme est un peu trop débordant et les personnages féminins banals se font désirer. Mais ce détail prête tout juste à sourire et n’entache absolument pas le récit.

Lecture captivante et rapide, L’Enfant des cimetières est un excellent roman qui donne envie de retrouver le Commandant Vauvert immédiatement dans Fièvre de Sang. Sire Cédric est un auteur à suivre attentivement !

Je remercie et   pour m’avoir permis de découvrir enfin cette belle plume.