Le Déchronologue (Stéphane Beauverger)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2010/02/dechronologue.jpg » titre= »Le Déchronologue » soustitre= » » anthologiste= » » auteur= »Stéphane Beauverger » couverture= » » editeur= »La Volte » dl= »03/2009″ pages= »390″ prix= »18€ » note= »9″/]

1653. Henri Villon, capitaine du Déchronologue, navire dont les canons sont capables de tirer du temps, est sur le point de mourir. Il décide de livrer son histoire depuis l’an 1641, où l’Histoire commença à basculer. Obsédé par les « maravillas« , ces objets fascinants et rares, il s’engage dans une course à leur recherche, sans réaliser que les forces qui se cachent derrière ces mystères sont extrêmement dangereuses et le dépassent de loin. Au fil des ans, sur la mer des Caraïbes, Villon fait de nombreuses rencontres, certaines dangereuses et venues d’autres âges, ayant un lien avec ces perturbations temporelles qui touchent les côtes et les océans de la région.

Un univers superbe, un héros attachant

L’univers historique dans lequel Stéphane Beauverger plonge ses lecteurs est tout simplement sublime. Les Caraïbes du XVIIè siècles sont colorées, exotiques, parcourues par les pirates et commerçants espagnols, anglais, français. Les descriptions sont détaillées et donnent de la consistance aux paysages et personnages. Le soleil est écrasant, le tafia saoule et la mer est impitoyable – au moins autant que les négociants en plein travail dans les comptoirs ou les chasseurs de pirates. Les geôles sont sordides, la maladie, la faim et les duels tuent aussi surement que les rudes batailles. Bref, c’est une plongée dans un monde fantastique qui est offerte ici.
Le Capitaine Villon est charismatique. Intuitif et intelligent, il est parallèlement un alcoolique invétéré mû par ses obsessions, parfois au mépris du danger. Mais il aime son navire et son équipage et souffre à chaque perte. C’est par ses yeux que les émotions transitent – amitié, douleur, doute, frayeur ou même romantisme à l’occasion –, réalistes et prenantes et qui rendent le récit vivant.

Une belle écriture qui supporte une structure étonnante

Le style de Stéphane Beauverger et agréable à lire, les dialogues ont ce ton rude des gens de mer et soulignent l’intelligence des protagonistes aussi bien que leur bêtise. L’action ne connaît aucun répit, et ne devient jamais monotone, entre complots politiques, combats maritimes, négoce à terre, découvertes des étranges maravillas et des perturbations temporelles, rencontres attendues et non, parfois extraordinaires et hors du temps connu. Pour corser la chose, les chapitres ne sont pas dans l’ordre chronologique, comme si le roman était lui aussi perturbé par les modifications temporelles, sautant d’une année à l’autre, y revenant ensuite, des morts réapparaissant après leur trépas. Les derniers chapitres permettent de mieux mesurer le premier qui annonçait la mort du héros, pour mieux prendre mesure des catastrophes qui se sont déroulées. Cette structure rend la lecture exigeante en concentration. Mieux vaut lire Le Déchronologue par gros morceaux pour ne pas perdre le fil.
Les fautes d’orthographe un peu grossières parfois pourront gêner les plus exigeants (mêmes si un livre est rarement exempt d’erreurs), mais le pardon est bien vite accordé au regard de ce monde captivant.

Une science-fiction discrète mais au cœur de la trame

Le côté science-fiction s’intègre subtilement, se dévoilant petit à petit au fil des pages (contrairement au récit non chronologique), s’articulant autour de ces mystérieuses maravillas, pour comprendre ce qu’elles sont, leur origine et les personnalités qui contrôlent leur approvisionnement. Plus cette connaissance avance et plus le monde semble tomber dans le chaos, cachant une morale cuisante et effrayante à la fois. Il est très intéressant de voir comment les pirates s’adaptent à l’apparition de ces choses qu’ils ne comprennent pas, alors que certaines sont familières au lecteur et que d’autres laissent aussi perplexes qu’eux. Cette intrigue est complexe mais bien menée, laissant dans le flou sans frustration, pour dévoiler le panorama final.

Après avoir passé un début un peu difficile d’accès, le lecteur plonge véritablement dans l’intrigue et prend un grand plaisir à cette excellente lecture. Le Déchronologue est un roman original  et dépaysant, qui n’a pas volé les nombreux prix qu’il a obtenus. Un coup de cœur qui aura néanmoins beaucoup coûté à la lecture par sa destructuration de chapitres.