Au XIème siècle, pour lutter contre le crime et la corruption en Chine, l’Empereur Ren Zong nomme un Juge auquel il attribue les pleins pouvoirs pour rendre la justice. Le magistrat, parcourant les routes et recueillant les demandes des citoyens, se montre impartial, quelque soit l’origine sociale. Au fil des siècles, les anecdotes se sont amplifiées, pour faire de Juge Bao un mythe encore adulé par des millions de chinois. Marty et Nie reprennent cette légende dans une série d’enquêtes policière.
Dans Le Phoenix de Jade, le juge Bao enquête sur le meurtre d’une servante qui a plongé un innocent en prison, ainsi que sur une magouille immobilière orchestrée par les riches notables d’une ville.
Dans Le Rois des Enfants, l’équipe du Juge se penche sur l’assassinat d’une jeune courtisane ainsi que sur la vague de vols qui perturbe une petite cité.
Un conte policier
Juge Bao est une série qui mêle habilement le conte à l’intrigue policière. Les histoires sont d’une trame assez classique mais habilement menées, laissant planer un certain suspense. Complots politiques, harcèlement du pauvre par le riche, coalitions commerciales, affaires de cœur, le Juge et ses employés croisent toutes sortes de demandes lors de leur voyage et souvent certaines se retrouvent liées. Le lecteur se plonge avec plaisir dans ces récits bien rythmés, ne cherchant pas à anticiper la solution, mais se laissant emporter par les auteurs dans ce Japon médiéval.
La diversité des thèmes abordés (politique, romantique, commercial…) ainsi que leur mélange sont appréciables et permettent de renouveler l’intérêt en permanence.
Une oeuvre exotique
Déjà fortement sympathique en tant que BD policière, le grand charme de Juge Bao réside sans aucun doute dans le dépaysement qu’il offre. En plus de découvrir l’environnement d’une intrigue, les auteurs dévoilent un univers peu connu, une culture bien éloignée de la notre. Cet exotisme se marie extrêmement bien au suspense. C’est un plaisir de découvrir la Chine du Xième siècle, son système administratif, ses guildes commerçantes, ses enfants des rues, son code d’honneur. Bien loin de la technologie moderne, les enquêteurs n’ont que des interrogatoires et un fort pouvoir de déduction pour résoudre des affaires compliquées. Un cadre idéal pour une fable non dénuée de morale, le Juge Bao résolvant tous les conflits et les concluant par de belles phrases.
Le petit détail sympathique, les titres de chapitre rappellent bien les vieux contes et bien qu’annonçant une partie de l’intrigue à l’avance, ajoutent à la dimension fantastique. (Exemple du premier chapitre : Où Bao se fait conter l’histoire du jeune Chao Dong par sa mère mourante et recueille les plaintes de la population de la capitale de la province)(Ils ne sont pas tous aussi longs).
Un beau visuel, des personnages attachants
Le dessin hyper réaliste, en noir et blanc, est très approprié à ce genre de récit. Il permet de bien visualiser les détails d’un vêtement, d’une émotion, d’un décor… Le format est original, à l’italienne, et le découpage du scénario y est bien adapté. Certains mouvements et gros plans sont particulièrement beaux, pleins de grâce, tels un portrait de courtisane ou un combat utilisant les arts martiaux.
Les protagonistes sont tous intéressants. Bao est l’image de la droiture même, un peu rigide. Il est accompagné du jeune Bao Xing, intrépide, prompt à bondir dans l’aventure, mais non dénué d’intelligence. Zhan Zhao est le bras armé du juge, l’enquêteur de terrain, beau garçon et athlétique, à l’esprit aiguisé. Leur travail d’équipe fonctionne à merveille, l’enfant prend des leçons à chaque étape, Zhan Zhao s’inflitrant et questionnant les habitants, tandis que le Juge Bao s’occupe de la haute société et de recueillir les demandes. Les personnages féminins sont souvent victimes, mais le second tome voit une figure forte se détacher en la personne de la courtisane Lian.
Toutes ces qualités font de Juge Bao une excellente série très plaisante à suivre. Les futures enquêtes s’annoncent discrètement vers la fin du tome, menant le Juge et ses compagnons sur la route de la justice et appâtant de fort belle manière le lecteur conquis.







L’auteur était au festival de la BD d’Angoulême, mon copain voulait s’en faire dédicacer un, mais il était débordé par les demandes… dommage il fait des dessins magnifiques!
Son style est vraiment bon et j’ai pas de mal à croire qu’il en fait d’aussi superbes en live. Et comme il s’agissait du lancement des éditions et qu’il y a peu de dédicaces de BD asiatique à Angoulême, je comprends aussi qu’il ait été assailli. ^^
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