The Eyre Affair (Jasper Fforde)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2010/04/eyre-affair.jpg » titre= »The Eyre Affair » soustitre= » » anthologiste= » » auteur= »Jasper Fforde » couverture= » » editeur= »Hodder & Stoughton » dl= »2001″ pages= »373″ prix= »7,99£ » note= »7″/]

Thursday Next est une SpecOp 27 trentenaire vétéran de la guerre de Crimée qui dure depuis 130 ans. Elle s’occupe d’affaires touchant à la littérature, car dans l’Angleterre de 1985 passionnée par les livres, le crime littéraire rapporte. Flanquée de son dodo de compagnie Pickwick, dans un monde où les voyages temporels sont possibles, à la poursuite d’un criminel aux étranges pouvoirs, Thursday chercher à protéger les romans et leurs personnages, car le lien entre réalité et fiction peut être franchi et les conséquences seraient catastrophiques si un esprit maléfique décidait d’altérer les classiques tant adulés.

Originalité et humour pour une œuvre complète

Pour une Angleterre des années 80, le paysage semble bien peu familier. The Eyre Affair appartient à ce genre de la SF qu’est l’uchronie ; dans cette réécriture de l’histoire, les livres ont une importance dont n’oseraient même pas rêver les plus passionnés. Le décalage est total, les éléments apportés par Jasper Fforde sont souvent drôles et le lecteur se demande « mais où va-t-il chercher tout ça ? ».

L’originalité ne serait rien sans cohérence et The Eyre Affair n’en manque pas. Si certains détails sont là pour le spectacles, d’autres éléments sont fondamentaux dans l’affaire qui occupe les LiteraTechs. Loin d’être purement humoristique, le roman peut se vanter d’être un petit polar bien ficelé, doublé d’une aventure sentimentale bien dosée. Le rythme est relativement endiablé, peu de répit étant laissé à l’enquêtrice qui doit traquer l’être le plus dangereux jamais connu et essayer de construire sa vie personnelle en même temps. Pour un « petit » roman, The Eyre Affair bombarde de concepts, de personnages, d’idées et de courses-poursuites. Réjouissant.

Des personnages bien campés

Les personnages principaux sont particulièrement intéressants. Thursday la première, trentenaire d’apparence assez banale et moyennement soignée, LiteraTech efficace à la volonté d’acier mais midinette adolescente lorsqu’il s’agit de son amour de jeunesse. Elle est attachante dans sa normalité et son amour de la littérature. Son père est un ChronoGuard en fuite, qui n’apparaît qu’en figeant le temps et qui se balade dans les siècles, modifiant quelques éléments çà et là. Lui est un bonhomme décalé, vivant dans son monde et dont chaque intervention est un pur moment de plaisir. L’oncle de Thursday, Mycroft, est le savant fou de l’histoire, inventeur d’objets plus ou moins utiles et loufoques qu’il teste sur sa nièce, grand amoureux de sa femme Polly et gourmand invétéré.
Acheron Hades est la représentation du méchant ultime, faisant le Mal pour le Mal et la gloire, sans considération monétaire (sauf si c’est un bonus), tuant comme il parle de la pluie et du beau temps. Un vrai gentleman qui fait froid dans le dos, machiavélique à souhait.

Et bien sûr il y a les personnages de romans. C’est un pur plaisir que de se plonger dans la littérature anglaise et voir évoluer ces humains imaginaires dans leur élément, dans les pages mais aussi en dehors. Que fait Rochester lorsque Jane est partie rendre visite à sa tante ? Que ressent-il à revivre son histoire encore et encore ? La folie de Jasper Fforde consiste ici à altérer les intrigues originales pour servir son propos, de façon intelligente, expliquant ainsi l’origine de certains points des romans par l’action de sa propre histoire. Il fallait l’oser, le résultat est excellent. Il est également très intéressant de voir la relation que nouent les protagonistes avec les personnages des romans et comment le scénario que vivent ces derniers fait écho à la vie « réelle » de ceux qui les côtoie, notamment concernant le couple Rochester/Jane et Thursday/Landen.

Informations nombreuses et parfois peu approfondies,
mais une bonne mise en bouche pour la suite

Attention cependant à ceux qui voudraient du Jane Eyre tout le long. L’affaire ne croise le roman de Charlotte Brontë qu’aux deux tiers environ, mais cette attente donne à la fin un goût de grandiose. Heureusement, il est relativement aisé de se plonger dans cet univers dès le départ et les éléments s’enchaînent logiquement. Jasper Fforde s’est laissé le temps d’installer son décor et les nombreuses surprises qui l’habitent. Parfois les nouveautés semblent un peu trop nombreuses et pas assez approfondies, qu’il s’agisse de certains personnages secondaires ou de détails science-fictionnesques. Mais The Eyre Affair étant le premier volume d’une série, il reste à espérer que certaines questions trouveront réponse dans les tomes suivants.

Drôle, parfois hilarant, The Eyre Affair est un excellent roman plein d’audace. Il aura fallu 76 refus à l’auteur avant de trouver un éditeur, que ce dernier en soit remercié. Devant un tel étalage de loufoqueries, la curiosité pousse à vouloir lire les autres tomes, pour voir jusqu’où Jasper Fforde osera emmener ses lecteurs, qui ne manquent surement pas d’un petit grain de folie aux aussi, pour vouloir le suivre.