L’Odyssée de l’espèce (Roland C. Wagner)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2010/04/odysseedelespece.jpg » titre= »L’Odyssée de l’espèce » soustitre= »Les Futurs Mystères de Paris t.3″ anthologiste= » » auteur= »Roland C. Wagner » couverture= »Caza » editeur= »L’Atalante » dl= »05/2002″ pages= »277″ prix= »14€ » note= »9″/]

Alors qu’il rend visite à un vieil ami en une paisible matinée parisienne de l’an 2063, Temple Sacré de l’Aube Radieuse (mais appelez-le Tem) a la désagréable surprise de trouver celui-ci sans vie. Alors que la matinée semble mal engagée, le cauchemar s’installe définitivement lorsque l’inspecteur Trovallec, premier arrivé sur les lieux, décide de la culpabilité de Tem et s’emploie, par un terrible jeu de harcèlement, à le faire condamner. Le don d’invisibilité du jeune homme l’aurait-il laissé tomber au plus mauvais moment ?

Enquête impossible et approfondissement de l’univers

C’est toujours un plaisir de retrouver cet univers futuriste décalé créé par Roland C. Wagner. Tem est un héros très attachant, à s’habiller comme un clown pour se faire remarquer (le don de transparence n’a pas que des avantages) et à s’embarquer dans des histoires invraisemblables bien malgré lui. Cette affaire là le touche directement puisqu’il est propulsé premier suspect par un inspecteur un peu trop zélé pour être honnête. Mais son enquête – encore une fois impossible, comme celles que résolvait son héros Nestor Burma – le mène sur les traces de sa propre histoire et permet au lecteur de découvrir sa famille, Millénariste (les « mutants ») ou non, et les liens qu’il entretien avec eux depuis sa naissance. Une belle manière d’approfondir la personnalité d’un personnage qui n’en manque déjà pas.

En plus de revenir sur les pas de Tem, L’Odyssée de l’espèce permet d’approfondir les concepts mis en place par l’auteur pour expliquer ce monde futur où certaines personnes possèdent des dons étranges. Centrale à la saga, la notion de Psychosphère ou « Bol de soupe » selon Tem, lieu imperceptible par les sens habituels où se trouverait l’inconscient collectif, connaît notamment quelques éclaircissements. Ceux-ci qui passent parfois par un peu d’obscurité, mais la concentration à fournir est largement récompensée. Des éléments de réponse sont également apportés concernant la Grande Terreur, qui est le point de basculement de l’humanité dans l’histoire et qui demeurait mystérieux, même pour Tem, bien trop jeune pour l’avoir connue.

Des personnages formidables pour un roman intelligent

C’est un peu compliqué, me dites-vous ? Alors oui, un peu. Surtout sans avoir lu les autres tomes. Heureusement, les théories n’envahissent pas totalement le roman et Roland Wagner offre encore une fois de magnifiques scènes drôlissimes grâce notamment à ses personnages hauts en couleurs. Quel bonheur de retrouver l’Aya (intelligence artificielle) Gloria qui se prend pour une Vamp’, tente de libérer ses copines Aya de l’esclavage et peut interagir avec l’environnement (et même les gens).  Les copains habituels de Tem sont là également et côtoient de nouveaux arrivants, de jeunes apprentis voleurs pas très doués mais très serviables. Sans oublier les Millénaristes, équivalent de nos anciens babacool, peut être en plus stones et encore moins violents. Les dialogues sont de véritables pépites, utilisant certains codes du roman noir et complètement décalés à la fois, ils démontrent d’une maîtrise impressionnante de la narration au même titre que la progression générale du roman.

Roland C. Wagner ne prend pas ses lecteurs pour des idiots et ne se contente pas de servir une soupe sans goût. Il la relève de mille épices dont les saveurs sont parfois difficilement identifiables, mais toujours indispensables à la personnalité unique de cette série. L’Odyssée de l’espèce est un roman admirablement bien écrit et construit, qui jongle à merveille entre le polar, la science-fiction et l’humour, allant jusqu’à mettre Tem sur la piste de l’origine de l’humanité. Un roman ambitieux et extrêmement bien réussi, qui fait honneur à la série ayant reçu le Grand Prix de l’Imaginaire en 1999.