Les Vestiges de l’Aube (David S. Khara)

Les Vestiges de l'aube (David S. Khara)

Les Vestiges de l'aube

Auteur : David S. Khara
Couverture : Philippe Lemaire
Editeur : Rivière Blanche
Date de parution : 02/2010
Pages : 210
Prix : 17€

L’inspecteur Barry Donovan est bien désemparé devant la vague de meurtres qui secoue Manhattan. Le soir, pour décompresser et ne pas penser au vide de son appartement, il parcourt l’internet.
Non loin de New York, Werner Von Lowinsky, ancien aristocrate, se terre dans ses sous sols et observe le monde de son repaire, essayant de fuir ou d’oublier sa condition de vampire.
Un soir, les deux hommes font connaissance sur un forum et se lient rapidement d’amitié. Eux que rien ne rapprochaient, vont se découvrir des liens au delà du temps et de la mort.

Un fond de thriller, un roman humain

L’enquête policière n’est pas au centre du récit, mais contribue à réunir les deux hommes. L’intrigue est néanmoins bien menée, révélant victimes, suspects, meurtrier et mobile. Tout y est. Cependant, Les Vestiges de l’Aube est avant tout une histoire d’amitié et de deux personnalités qui se découvrent et apprennent à s’apprivoiser. Il en résulte un rythme calme, aucun des deux hommes ne voulant effrayer l’autre ; Werner en particulier pour qui cette amitié représente son lien le plus fort avec l’humanité dont il pense manquer.
Les chapitres alternent entre les pensées de Werner, écrites à la première personne, et le parcours de Barry, rédigé à la troisième personne. Le vampire semble ainsi être au centre de l’histoire, mais le lecteur apprend à le connaître autant par sa propre perception que dans sa confrontation avec l’inspecteur. Le tout est servi par une langue française très bien maîtrisée, mais n’échappe pas à quelques petits défauts bien compréhensibles pour un premier roman. En effet, certaines tournures semblent plus artificielles, mais ces imperfections se gomment au fil de l’ouvrage. A l’instant de l’épilogue, elles sont totalement oubliées, les quelques éléments distillés permettant d’entrevoir le second opus donnent sans hésitation l’envie de lire la suite. Ce premier tome apparaît alors comme une sorte de prologue, mettant les pions en place, les liant entre eux, avant de les lancer dans de nombreuses péripéties.

Des personnages intéressants, une approche originale du mythe du vampire

La force des Vestiges de l’Aube réside sans conteste dans ses personnages. Barry est l’homme ordinaire que la vie a bien marqué. Policier attaché à son travail et aux valeurs qu’il représente, il se dévoile au contact de Werner et le lecteur découvre son côté érudit et philosophe. Werner, ancien aristocrate, est charismatique. C’est un gentleman sachant être protecteur à l’occasion, mais relativement distant et froid la plupart du temps, déployant toute la démesure de sa condition dans certaines situations. Il est imprévisible et ses valeurs, à la fois d’homme riche sans scrupules et de vampire, amènent à se poser des questions quant à ce que le personnage cherche ou fuit réellement : celui qu’il est devenu ou celui qu’il a été ? Ces ambiguïtés permanentes sont intrigantes et le lecteur remet sans cesse en cause son attachement envers cette personnalité au passé chargé.
La rencontre par internet est originale, permettant aux protagonistes de se dévoiler petit à petit tout en cachant certains de leurs secrets. Leur histoire personnelle trouve écho dans celle de l’autre, rapprochant ces deux êtres brisés que rien ne destinait a priori à se rencontrer ou s’apprécier. Ces parallèles d’histoire, de morale ou d’action, subliment chaque personnalité et poussent à la réflexion. David Khara a créé un vampire au delà du vampire, faisant de Werner le symbole emprunt de dualité d’une autre humanité, à la fois inexistante et omniprésente par delà la mort.

Une série à suivre

Outre d’un style agréable et de personnages intéressants, l’auteur offre une plume efficace. Le lecteur n’a aucune peine à imaginer des décors qui ne manquant pas de couleurs (ce qui est appréciable dans un roman plutôt typé « noir »). Les descriptions sont précises, les actions et émotions étant facilement perceptibles, favorisant la plongée dans le récit.
Werner et Barry n’ont pas fini de se révéler et l’ouverture en fin de ce roman prometteur indique que leurs aventures ne font que commencer. Et c’est avec joie que le lecteur, accroché, retrouvera ce duo dans un second opus qui s’annonce d’ores et déjà plus rythmé.