La Volonté du Dragon (Lionel Davoust)

La Volonté du Dragon (Lionel Davoust)

La Volonté du Dragon

Auteur : Lionel Davoust
Couverture : Cyrielle Alaphilippe
Editeur : Critic
Date de parution : 02/2010
Pages : 170
Prix : 13€

L’Empire d’Asreth, fort de sa technologie avancée, s’est donné pour mission d’envahir et de convertir les peuples à son mode de vie, pour leur propre bien, mais contre leur volonté si nécessaire. Entre cette fabuleuse puissance et les derniers pays libres, se trouve le Qhmarr, petite contrée orgueilleuse au développement moyenâgeux. Le généralissime D’eolus Vasreth, venu demander une réddition qui éviterait le massacre d’un peuple, se trouve confronté à une résistance particulière et finit par suivre le petit roi du Qhmarr dans un jeu qui pourrait faire basculer l’issue d’une guerre qui paraissait acquise d’avance.

Bataille passionnante à l’issue incertaine

Technologie versus spiritualité, qui peut bien l’emporter ? Si la folie des armes et navires sophistiqués paraissent être l’atout idéal face à quelques frêles embarcations de paysans menés par leur foi, le lecteur se rend vite compte, tout comme les personnages, que tout n’est pas si simple. Et la bataille devient par là même passionnante. Car La Volonté du Dragon est un petit roman qui retrace un seul et violent combat qui décidera de la victoire de l’une ou l’autre contrée, symbole de la lutte entre science et philosophie de vie.
Le lecteur suit les mouvements de l’Empire d’Asreth et voit la confiance absolue des débuts être d’abord ébranlée puis réduite au néant. Le récit alterne entre le champ de bataille maritime et le duel des chefs autour d’un jeu bien particulier. Au moment où cet enchaînement aurait pu devenir répétitif, l’auteur glisse un chapitre différent, sur l’origine de la volonté de conquête de l’Empire, qui avive encore plus l’intérêt. A aucun moment l’issue de la guerre n’est certaine et c’est bien là une des forces majeures du roman, qui opte pour une approche psychologique, suivant l’évolution des personnages au cours de l’affrontement. Alors que semblent s’opposer un fort et un faible, la situation apporte rapidement son lot de surprises. Il est alors impossible d’anticiper la fin, qui se révèle remarquable, Lionel Davoust ayant travaillé son effet jusqu’à la dernière ligne.

Des personnages magnifiques

Outre le suspense admirablement bien entretenu, le grand atout de La Volonté du Dragon est représenté par ses personnages. Pas de héros à proprement parler ici, mais des personnalités variées et intéressantes. Parmi elles, D’eolus Vasteth bien sûr, charismatique, sûr de la puissance de l’Empire et de la justesse de son combat, orgueilleux juste ce qu’il faut mais sachant douter et se remettre en cause. Face à lui, l’enfant roi et son conseiller, ce dernier faisant également preuve d’une foi absolue en son pays mais jubilant un peu trop et se révélant quelque peu grotesque. La joute polie qui se joue entre les dirigeants est savoureuse, Lionel Davoust dévoile tout son talent pour les dialogues bien sentis.
Dehors, dans le vif de l’action, se trouve notamment Krell, combattant issu d’un peuple soumis à l’Empire, le « barbare » de l’histoire, la force physique incarnée combinée à l’instinct du combat. Ce dernier s’est lié d’amitié avec l’aspirant Jael, jeune ingénieur tout juste sorti de l’académie et peu sûr de lui, dont les doutes sur ses capacités sauront faire écho chez le lecteur. Ses sentiments sont décrits de façon tellement réaliste, que ce dernier vit pleinement la situation à travers le jeune homme, percevant ses angoisses, compatissant à son effort pour surmonter sa peur. Son parcours émotionnel suit le cours inverse de celui de l’Empire, car face à l’adversité, forcé à prendre des décisions, Jael s’affirme et prend confiance. Il est aidé en cela par la maîtresse-artech Drenn Syaldon, abîmée par son métier et au parler haché, touchante dans sa faiblesse et admirable dans sa force. Ce duo est le plus attachant de l’histoire.

Une narration maîtrisée, un univers original

La technologie utilisée par l’Empire est inédite. Son identité s’intègre parfaitement au récit ; et là où d’ordinaire les mondes de fantasy ne connaissent pas le progrès, il apparaît très crédible qu’un Empire ait pu baser sa suprématie sur la science, plutôt que la magie. Les détails de fonctionnement sont fascinants sans être poussés au point de devenir envahissants. L’approche de la foi des Qhmarri est également intéressante. Elle devient l’instrument et l’expression d’une magie ancienne que les partisans de l’Empire peinent à appréhender.
Lionel Davoust sait aussi trouver la juste dose entre action, description et alternance des points de vue narratifs. Les paysages peints sont sublimes, les pages sentent l’iode et le sel, mais aussi la souffrance du combat et la chaleur écrasante du soleil. L’apparence des navires est originale, marquant bien ce mélange entre science avancée et savoir médiéval. Le langage est maîtrisé, fluide et prenant, au rythme soutenu et parfaitement orchestré, pour un roman de grande qualité. Dès les premières pages, la singularité de ce monde surprend et envoûte, avant que le lecteur soit totalement happé dans le bouillonnement des événements.

Tout ceci contribue à l’originalité de l’approche de la fantasy dans l’œuvre.

Une fenêtre ouverte sur le monde d’Evanégyre

Bataille pour un souvenir, nouvelle parue dans l’anthologie Identités (dirigée par Lucie Chenu et paru chez Glyphe) avait donné un aperçu d’un lieu et d’un temps particulier du monde d’Evanégyre. La Volonté du Dragon constitue la deuxième incursion de l’auteur dans cet univers étonnant qui n’a pas fini de surprendre les lecteurs et de les faire voyager dans des pays et des époques à la saveur d’inconnu. On en redemande !

(Illustrations de Fred Navez – vous pouvez en trouver d’autres sur le blog de Lionel Davoust.)