Les Enfants de Svetambre (Lucie Chenu)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2010/03/enfantsdesvetambre.jpg » titre= »Les Enfants de Svetambre » soustitre= » » anthologiste= » » auteur= »Lucie Chenu » couverture= »Caza » editeur= »Rivière Blanche » dl= »01/2010″ pages= »297″ prix= »20€ » note= »9″/]

Une fois n’est pas coutume, je laisse le 4è de couverture pour vous présenter ce livre, car je ne ferai jamais mieux.
« L’eau et le vent les emportent à travers vingt-six histoires drôles, émouvantes ou tragiques, en SF ou fantastique. Des divinités les pourchassent jusque dans les grottes où ils se terrent, accompagnés de bêtes étranges ou familières. De l’océan tumultueux aux sommets des plus hautes montagnes, du plus profond des gouffres aux lointaines stations spatiales, au son de musiques envoûtantes, dansent les Enfants de Svetambre. »

Un beau livre pour une belle femme

Encore une fois Rivière Blanche ne se contente pas de livrer des textes, mais entoure le livre d’une histoire. La préface par Nathalie Dau, très personnelle et touchante, annonce le ton : Lucie est une femme et une auteure engagée, passionnée, d’une grande humanité, et cela se ressent vraisemblablement dans ses textes. La postface dévoile de nombreux hommages inattendus d’auteurs, devenus amis, ayant croisé Lucie au cours de leur carrière et à qui elle a beaucoup apporté. La présentation de chacun des vingt-six textes, avec son contexte d’écriture permet au lecteur de se rapprocher d’autant plus de l’histoire de ce recueil et du parcours de son auteure. Les Enfants de Svetambre sont ainsi au-delà d’une collection de nouvelles, le dévoilement d’une belle personnalité.

Simplicité, engagement, émotion

Sans révolutionner la science-fiction, les textes savent trouver le brin d’originalité qui les rend intrigants, inattendus, voire passionnants. L’environnement sert de scène pour des personnages plus humains les uns que les autres, avec leurs espoirs, leurs joies, leurs souffrances. Lucie dépeint des sentiments, des destins, et l’aventure est bien souvent intérieure autant qu’extérieure. L’auteure possède de toute évidence une sensibilité particulière envers les individus fragiles : enfants, femmes et animaux, qui sont les héros de bien des textes. Les frères et sœurs se retrouvent notamment régulièrement. Dans Le Village aux chats, ils souffrent d’une séparation ; dans Chœur de dragon ils construisent leur destinée ensemble ; alors que Le Théâtre de Barbe-bleue montre un frère très protecteur envers sa petite sœur. La femme est notamment associée à la mère, comme dans Clonage, également une leçon scientifique ; dans Noces de Diamant, la procréation devient un acte dangereux ; et dans Fille-mère, l’amour pour un enfant surpasse les malheurs subits. La conscience politique et sociale est également importante, comme dans Traitement de Textes, où un robot se retrouve confronté à un problème d’éthique. Le destin de tous ces personnages est souvent douloureux, pour mieux dénoncer les malheurs qu’apportent la discrimination ou la solitude, et le besoin de se respecter et de s’aimer les uns les autres malgré les différences.

Exercices de style, construction d’univers, maîtrise technique

Les exercices de styles sont également nombreux, Lucie aimant participer à des ateliers d’écriture. Qu’il s’agisse de réaliser une nouvelle à plusieurs (Haine, Rupture et Commencement), de laisser son texte au soin d’un autre auteur (Grande Prêtresse), d’écrire une « suite » à un univers préexistant (Retour à Gaïm’Hya), de rendre hommage (Le Garçon qui attirait l’attention au bar de l’astroport) ou de s’imposer une contrainte (Écoutez la légende, Trois Sabres…), chaque récit révèle une personnalité différente, et une autre facette de l’auteure.
Bien que très attachée à ses personnages, Lucie n’en oublie pas pour autant de travailler ses univers et ses effets de chute, prenant parfois le contre-pied des attentes de lecteur. La féérie et la mythologie tiennent une bonne place, comme dans La Cime et le Gouffre ; parfois pourtant, le quotidien semble simplement se faire bousculer par des forces invisibles comme dans Vent d’Autan. Mais qu’il s’agisse d’une mer lointaine (Le Havre de l’îlot sans nom), d’une planète et d’un temps indéfini (La Malédiction du gardien), d’un pays et du passé terriens (Le Sang du temps), tous ces lieux et époques paraissent familiers. Beaucoup de sensations illustrent ces paysages et ces mondes fabuleux, par une utilisation très bien dosée des cinq sens. La course du vent dans les cheveux, le froid mordant, le son d’une voix, provoquent chez le lecteur comme chez les personnages, des impressions fortes.

Une régularité impressionnante, un beau cadeau

Bien que certains textes semblent moins forts que d’autres (petite déception sur Au delà de la porte en ce qui me concerne, assez prévisible), tous sont agréable à la lecture. Et plus celle-ci avance, plus le lecteur s’immerge dans le monde de Lucie Chenu, grâce à des histoires de plus en plus fouillées et intenses. Parfois drôles, souvent tendres, les nouvelles provoquent un sentiment indéfinissable. Elles révoltent mais apaisent à la fois, transportent dans des contrées lointaines et d’autres peuples mais aussi chez nous, en nous. Il y aurait de l’amour dans ces pages, que cela ne serait pas étonnant. Amour pour tous les êtres vivants, espoirs de fraternité, combat pour la liberté. La vie. Lucie Chenu nous donne quelque chose, un peu de passion, beaucoup d’humanité. Merci à elle.