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Je Mourrai pas gibier (Alfred)

Je Mourrai pas gibier

d'après le roman de G. Guéraud

Scénario : Alfred
Dessin : Alfred
Couleurs : Henri Meunier
Editeur : Delcourt - Mirages
Parution : 01/2009
Pages : 112
Prix : 14,95€

Martial est originaire de Mortagne, un petit village de chasseurs ne vivant que par le bois ou la vigne. Dans les familles, on travaille de père en fils dans l’industrie de l’un ou de l’autre et ceux qui ne sont pas du clan sont de féroces ennemis. Les mariages se font au sein du même type d’industrie, les hommes épousant les sœurs des collègues. Mais cette belle organisation va voler en éclat lorsque le jeune homme, poussé à bout, va commettre l’irréparable.

Une histoire vraie

Je mourrai pas gibier est tiré d’une histoire vraie, déjà mise en roman sous le même nom par Guillaume Guéraud. Il relate un fais divers ayant eu lieu en France où un adolescent a, sans raison apparente, tué cinq personnes, failli en tuer deux et a raté son suicide. Point de spoiler ici, le ton est donné dès le départ et l’œuvre s’emploie surtout à essayer de comprendre les origines de ce geste et l’état d’esprit de Martial tout au long de sa descente aux enfers. Savoir que les faits ont eu lieu assomme d’entrée le lecteur et le marque profondément ; le retour sur les origines du drame prenant une dimension encore plus angoissante. D’autant plus que Martial semble être un gentil et banal garçon au départ, alors comment a-t-il pu en arriver là ? Alfred se demande à travers sa bande dessinée s’il est possible de comprendre et d’expliquer ce geste aux conséquences radicales et définitives.

Une atmosphère étouffante, une narration soignée et poignante

L’ambiance au village est extrêmement malsaine, les habitants sont renfermés sur eux mêmes, pas vraiment futés et surtout méchants les uns envers les autres. La bêtise fait office de loi et les forts se défoulent sur les faibles. Devant tant d’horreur humaine, le lecteur commence à revoir son jugement sur Martial, le percevant non plus comme un meurtrier, mais comme une victime de cette petite société. Quand la bêtise dépasse les borgnes, le jeunes homme empoigne pelle, marteau et fusil, instruments qui sèmeront la mort au mariage de son propre frère.
Le récit est émouvant, il meurtrit le lecteur, le confond dans l’incompréhension et l’impuissance, face à la bêtise humaine, ne sachant plus pour qui prendre parti. Car tout est confus mais rien n’est pardonnable, ni la stupidité des habitants, ni la conduite finale de Martial. Alfred offre là un récit plein de force, de sentiments contradictoires et d’horreur. Il bouscule et force à prendre du recul sur les faits. Ses mises en scènes favorisent le rendu de la tension que ressent le jeune Martial à l’idée de faire partie de la communauté de son village. Le trait brut, simple et expressif à la fois, reflète bien la dureté des événements et les émotions des personnages. Les couleurs d’Henri Meunie, sobres, soulignent avec élégance les dessins d’Alfred. Les plans et cadrages sont choisis avec soin, afin de rester dans la sensibilité sans tomber dans le spectacle sanglant.

Un drame horriblement humain

Alfred est un auteur d’une grande sensibilité et il fallait tout son talent pour mettre en image un fait divers aussi atroce. Il est impossible de ressortir intact de ce drame. Cela aurait pu se passer à côté de chez vous. Vous auriez pu connaître ces gens qui ont péri dans la souffrance. Oui, vous auriez pu. Car tout cela, la bêtise, le rejet, les meurtres… s’est réellement passé. Une histoire humaine gênante et douloureuse à lire absolument, pour la beauté de l’album et pour ne pas oublier ce qui s’est passé. A votre tour, entrez dans la haine…

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    5 Responses to “Je Mourrai pas gibier (Alfred)”

    1. L'Ogresse says:

      Cette BD me tente enormement. Je la note, merci !

    2. Radicale says:

      Un excellent album ! Bouleversant.

    3. Catherine says:

      Une histoire dure, très dure.
      Et puis on se dit… j’aurais fait pareil, peut-être…

      • Lelf says:

        Oui, c’est exactement ça. Le livre donne un visage humain qui aurait pu être le notre ou celui d’un proche. C’est dérangeant, ça remue, ça fait réfléchir.

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