Le K (Dino Buzzati)

[livre image= »http://www.imaginelf.com/wp-content/uploads/2010/02/leK.jpg » titre= »Le K » soustitre= » » anthologiste= » » auteur= »Dino Buzzati » couverture= » » editeur= »Pocket » dl= » » pages= »441″ prix= »5,90€ » note= »10″/]

Un journaliste inspiré

Le K est un recueil de 50 contes écrits par le journaliste/écrivain italien Dino Buzzati et publié en 1966 pour la première fois. Difficile de faire le résumé d’un pareil ouvrage, tant il est riche (et cela n’aurait également pas de sens). Buzzati tirait ses textes de sa propre vie, de ses peurs d’homme ; et s’inspirait parfois, pour les mettre en scène, de faits divers couverts par le journal où il travaillait. A cause de sa double étiquette, il lui arrivera d’être controversé dans les milieux littéraires, qui estiment que le métier de journaliste est incompatible avec une création de qualité.

Une triste Comédie Humaine

Buzzati offre au travers du K un regard sur son prochain et sur lui même, sans concession. La Mort notamment est omniprésente, l’auteur démontrant à mainte reprises l’absurdité de courir après des chimères, puisqu’au bout Elle sera toujours là, prête à cueillir avec sa faux une vie brûlée trop vite. Des chutes, des tristes fin, des gens passant à côté de l’essentiel, une vieillesse prématurée, l’Enfer, sont autant de faces à faces avec une condition précaire que chacun a tendance à oublier un jour où l’autre.
Les chimères sont également celles du succès et de la fortune, sans oublier celles de l’amour. Combien de couples brisés et de jalousies sont ainsi dévoilées au fil des nouvelles ? Des amants sont détruits par une maîtresse manipulatrice, des hommes perdent leur femme au profit de belles voitures. Certaines fascinations conduisent à une perte inévitable.

Du réalisme au fantastique

C’est dans la forme et le ton des textes que résident le génie de Buzzati. Il ne se contente pas de raconter des histoires, il leur donne vie par des allégories et des métaphores, torturant monsieur tout le monde ou en se mettant en scène lui-même. Certains textes se révèlent drôle, comme lorsqu’il explique qu’il a un nègre qui écrit à sa place depuis ses débuts. D’autres sont purement angoissants, comme cette scène banale de jeux entre garçons qui cache une chute redoutable ou cette nouvelle qui voit un homme fuir un monstre qui doit lui apporter la mort. Maison, voiture, jardin ou livre deviennent des outils pour déchaîner la peur, la honte ou l’amour. L’auteur n’hésite pas à transformer des hommes en chiens, des amours en haine, des femmes en voiture pour mieux servir sa plume.
L’audace fonctionne à merveille, tous les textes dont écho chez le lecteur, car faisant appel au lien le plus commun qui existe : l’humanité. Le fantastique apparaît alors comme un moyen de mieux l’illustrer, révélant ce qui d’ordinaire n’est pas visible, mettant le lecteur face à son miroir intérieur, qu’il soit laid ou non.

Une prose unique

Le K est un reflet, une introspection douloureuse et laissant peu de place à l’espoir ou au pardon. Paradoxalement peut être, le K est une poésie magnifique, une ode à la vie, à ce qu’elle a a offrir et que l’Homme gâche si souvent sans s’en rendre compte. La morale est sévère, l’Enfer serait peut être bien sur Terre et le Paradis peut être pas où nous le cherchons. Buzzati nous ouvre la porte d’une réflexion qui invite au respect (de soi et des autres) et au frein d’une course qui entraîne toujours plus vite vers une fin écrite par avance pour tous.

Un chef d’œuvre d’écriture, inclassable, indispensable.