Le Bizarre incident du chien pendant la nuit (Mark Haddon)

Le Bizarre incident du chien pendant la nuit (Mark Haddon)

Le Bizarre incident du
chien pendant la nuit

Auteur : Mark Haddon
Editeur : Nil Editions
Date de parution : 2004
Pages : 291
Prix : 19€

Christopher a 15 ans et vit avec son père dans une petit ville anglaise nommée Swindon. Un soir, alors qu’il fait une promenade, il découvre le chien de la voisine, Wellington, une fourche plantée dans le flanc. Le jeune garçon décide alors de mener son enquête pour trouver le meurtrier. Oui mais voilà, Christopher est autiste et sa décision risque bien de perturber son environnement si rassurant.

Narrateur et narration originaux

Non seulement le roman a pour héros un adolescent atteint du syndrome d’Asperger, mais l’auteur a pris le risque de choisir une narration à la première personne, entrant lui-même dans la peau de Christopher. Le choix est audacieux et il a surement fallu un gros effort de documentation avant de se lancer dans l’écriture de ce récit. Les pensées du héros sont un peu décousues, les digressions nombreuses pour mieux expliquer ses pensées. Des dessins ou autres graphiques ponctuent les explications du petit génie des maths fan de logique. Le côté amateur et enfantin de l’écriture contribuent au charme de ce roman qui trouve son équilibre entre l’intrigue et les parenthèses concernant les petites manies de Christopher.

Une enquête, un apprentissage de la vie

Le pitch annonce une enquête policière, que l’adolescent commence à écrire sur les conseils d’une de ses professeurs. Mais très vite le lecteur se rend compte qu’il s’agit de plus que ça. Le décès de Wellington n’est que le point de départ d’une histoire qui met avant tout l’accent sur le quotidien de l’enfant et de son entourage ; quotidien qui va être bouleversé par les découvertes qui jalonnent l’enquête et mettent Christopher face à des choix difficiles. En suivant le héros, le lecteur se rend compte des difficultés sociales que peut rencontrer un autiste, qu’il s’agisse de parler à des inconnus ou de savoir maîtriser ses fréquents accès de panique ; ainsi que de la patience nécessaire à ceux qui l’entourent pour affronter les soucis au jour le jour.
A noter que le lecteur pourra être un peu dérouté quand le récit s’élargit de la simple enquête pour se focaliser plus sur le héros, l’objectif du livre et les attentes devant s’adapter.

Un récit très dur, des choix pas évidents

Certains détails semblent peu cohérents ; comme au début quand, faisant une liste de ses possessions, Christopher en oublie une (erreur rarissime pour un autiste), mais également lorsqu’il arrive à surmonter ses peurs de façon répétitive dans une même journée (un autiste dont l’environnement vole en éclat peut-il réussir aussi bien à s’adapter ?). N’étant pas spécialiste du comportement autiste, je ne peux qu’émettre une légère réserve qui ne gâche en rien la lecture mais laisse des questions.
Christopher n’a pas conscience des sentiments qui habitent ceux qui l’entourent, mais le lecteur si. Il est parfois dur d’être le témoin du comportement de l’adolescent, notamment lorsque la peur le pousse à être violent et à se renfermer sur lui-même. L’autisme est bien entendu une excuse incontestable pour justifier une telle attitude, mais parfois le lecteur n’en peut plus à son tour. Certains pourront éprouver une forte sympathie pour l’enfant, d’autres auront sans doute moins de patience. Dommage. Mais si l’empathie ne fonctionne pas toujours envers le héros, elle fonctionne envers les parents et le désespoir qui les habite, qui les pousse parfois à faire des gestes qu’ils regrettent ensuite.

Un bon bouquin, d’autant meilleur si le lecteur s’attache au héros. Un exercice de style réussi qui réveille une palette d’émotions, pas forcément positives.