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Angoulême 2010 : Palmarès


Le 37è festival international de la bande dessinée d’Angoulême s’est terminé ce soir après avoir révélé les grands gagnants de l’édition. Le Palmarès n’obtient généralement pas de consensus mais cette année marque un tournant. Cependant, si de bons albums ont été primés, ce sont les catégories dont la définition restent parfois floue. Retour sur la liste et perceptions personnelles.

Grand Prix : Baru

Auteur de l’Autoroute du soleil, il a reçu l’Alph-Art du meilleur album en 1996 après le prix du meilleur premier album en 1985 pour Quéquette Blues. Ses œuvres ne font en général pas de concessions, il parle de la vie comme elle est, parfois brutale. Il est donc logique de le voir récompensé pour toute sa carrière. Un prix relativement unanime dans la communauté BD, ce qui est assez rare pour être souligné

Prix Jeunesse : Lou ! Tome 5 – Julien Neel

Hourra pour Lou ! Depuis quelques années, cette bande dessinée fait son (grand) chemin auprès du public. Elle raconte le quotidien d’une fillette nommée Lou, qui grandit au fil des tomes. Dans ce dernier tome, elle entre de plein pied dans l’adolescence et vit de nombreux bouleversements. Un véritable tournant dans une série pleine de sensibilité.

Prix Patrimoine : Paracuellos – Carlos Gimenez

La série, ici rassemblée en une énorme intégrale à bas prix, traite de la condition d’orphelins au lendemain de la guerre civile espagnole et se base sur la propre expérience de l’auteur. Avec la religion et l’instruction militaire pour parents, les moments difficiles ne manquent pas. Ce témoignage d’un autre temps/pays, pas si lointain, avait largement sa place au Panthéon des œuvres ayant marqué l’histoire de la bande dessinée.

Prix Intergénérations : Messire Guillaume – De Bonneval et Bonhomme

L’idée est de primer une œuvre grand public, susceptible d’intéresser le lecteur quelque soit son âge. Définition qui correspond plutôt bien à la série, qui bénéficie de plus d’une belle intégrale en noir et blanc depuis deux semaines. Cependant, la frontière entre « jeunesse » et « intergénération » n’est pas vraiment très claire, de nombreux albums jeunesse étant eux même intergénérationnels. C’est le cas de Messire Guillaume. Pourquoi une catégorie et pas l’autre ? Telle est la question. J’ai également tendance à penser qu’une œuvre jeunesse se doit d’être un minimum intergénérationnelle, ne serait-ce que pour que les parents puissent partager avec leurs enfants. Dans ce cas, que signifierait une œuvre jeunesse non intergénérationnelle ?

Prix Révélation : Rosalie Blum tome 3 – Camille Jourdy

Une petite ville de province, quelques personnages un peu paumés et une jolie tranche de vie. Bien que je n’ai pas été personnellement spécialement touchée par cette saga, je comprends son succès auprès du public. Sans compter que Camille Jourdy a un sacré coup de pinceau en sus de sa plume sensible.

Prix Série : Jérôme K. Jérôme Bloche tome 21 – Alain Dodier

C’est donc le détective privé qui entraîne depuis plus de vingt ans les lecteurs dans ses aventures qui a été récompensé. Une bonne consécration pour la série dont le tome 21 est sorti cette année. On aurait pu s’attendre à une série plus récente sur le marché, qui a encore plus de public a gagner qu’une série qui a trouvé le sien depuis deux décennies et aurait presque eu sa place en patrimoine. Mais il n’est jamais trop tard pour (re)découvrir les classiques après tout…

Prix Regards sur le monde : Rébétiko – David Prudhomme

Cette bande dessinée traitant d’un courant musical grec s’est déjà vue récompensée par le prix Coup de Cœur du festival Quai des bulles de St Malo. Bien qu’elle ne m’ait pas particulièrement touchée, j’avais trouvé cette BD très intéressante avec de très belles scènes. Un prix compréhensible si…

D’après la dénomination de cette catégorie, je m’attendais, comme dit sur BDGest’ à « une œuvre traitant des problématiques du monde contemporain ». Or le Rébétiko ne m’apparaît pas vraiment comme une problématique. En revanche, si on parle d’éléments de société contemporaine, là, pas de soucis. Une ambiguïté donc, pour un prix où j’aurais plus vu un album comme L’Affaire des affaires gagner à la base. Mais au final, un album de qualité a tout de même été récompensé, c’est l’essentiel.

Prix de l’Audace : Alpha…Directions – Jens Harder

Si cet album n’avait pas été récompensé, il y aurait eu un malaise. Alpha présente une telle originalité, un tel degré de maîtrise narrative et d’intelligence, qu’il s’agissait bien d’un des meilleurs albums de l’année, sinon le meilleur (en ce qui me concerne, c’est le cas). Le prix de l’audace lui convient très bien, car cette œuvre est bien plus qu’une bande dessinée et s’est donnée pour tâche de raconter la création de l’univers et son évolution jusqu’aux dinosaures, ce qui n’est pas une mince affaire.

Prix du Public : Paul à Québec – Michel Rabagliati

Les aventures de Paul on depuis longtemps traversé l’Atlantique pour faire fureur chez nous. Enfin… presque toutes ses aventures… En effet, Paul à Québec n’est pas encore sorti en Europe et est annoncé pour Mars. Comment un album qui n’est pas encore sorti peut-il réunir un nombre de vote suffisant pour se démarquer ? Vu qu’un jury s’était réservé le droit de départager les cinq albums sur le podium, Paul n’avait peut être pas eu autant de votes que ça. De quoi se poser des questions sur le terme « public » du prix public. En dehors de ces considérations, Paul est une très bonne série et les lecteurs auront peut être voté pour son ensemble dans l’attente de ce nouvel opus. Un prix mérité, mais qui laisse des questions en suspend.

Prix Spécial du jury : Dungeon Quest tome 1 – Joe Daly

Pas vraiment de commentaire sur cet album publié à l’Association qui semble avoir des qualités certaines. Reste à accorder le bénéfice du doute sur les éventuels copinages qui sont souvent dénoncés par les internautes lorsqu’il s’agit d’un album de l’Association. Plus qu’à lire Dungeon Quest pour se rendre compte par soi-même.

Prix Meilleur Album : Pascal Brutal tome 3 – Riad Sattouf

… Comment dire. Autant Riad Sattouf a pondu de très bons albums, autant Pascal Brutal, publié chez Fluide Glacial, met en scène un beauf hyper viril sous fond de gags. Peut être y a-t-il différents degrés de lecture dans cette série humour (qui ne me fait pas vraiment rire en passant, je suis difficile en humour), mais à côté de ça, il y avait des albums excellents et bien plus méritants que celui-ci. Loin de moi l’idée de dénigrer Riad Sattouf, dont le talent d’auteur en BD et cinéma (Les Beaux gosses) n’est plus à prouver, autant il ne s’agit pas de primer n’importe quel album pour récompenser un auteur. Donnez lui le Grand Prix l’année prochaine et qu’on n’en parle plus. Que penser de ce prix ? En tout cas, il laisse perplexe une bonne partie du net…

Un palmarès qui récompense donc des albums et auteurs méritants, mais pas forcément de la manière attendue. Certaines catégories manquent de clarté, alors même que le festival a fait un effort pour contrer l’élitisme dont on l’accuse tous les ans et que de bons albums ont été primés. Sans parler de la confusion auteur/œuvre concernant Sattouf. Au moins nous auront-ils épargné de récompenser l’intégrale de la Guerre d’Alan (tome 3 primé il y a deux ans) et auront-ils mis Alpha sous les projecteurs. Tout n’est pas perdu, mais de petits efforts restent à faire.

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