La Sève et le Givre (Léa Silhol)

La Sève et le Givre (Léa Silhol

La Sève et le Givre

Auteur : Léa Silhol
Editeur : L'Oxymore
Date de parution : 10/2002
Pages : 270
Prix : (épuisé)

 

Une prophétie a été délivrée au roi Finstern qui règne sur le royaume de nuit de Dorcha, lui annonçant sa perte. Celle-ci viendra ou sera contrée par un amour puissant, incarné par l’enfant de la sève et du givre, née de l’amour de l’ombre et de la lumière. La conception même de la Reine Blanche bouleverse l’équilibre, mais elle grandit dans l’ignorance de son destin, loin des siens.  En Féérie, la rumeur se répand tandis qu’en Hiver, la Reine des Glaces attend patiemment le retour d’une parente. La Fatalité ou l’exercice de leur forte volonté guide les pas de ces êtres magiques, pour mieux précipiter ou contrer un destin annoncé. Tout ceci pourrait bien changer la face de la Féérie entière et faire payer un lourd tribu aux acteurs de la prophétie.

Un livre d’ambiance

La Sève et le givre est un livre emprunt de magie, à n’en pas douter. Comme si son auteure, rompue à d’anciens rites, avait arraché un peu de pouvoir aux Puissants de Féérie. Les mots sont justes, se transformant au fil de la lecture en paysages fabuleux, aux couleurs irréelles et peuplés d’être uniques. Léa Silhol sait jouer sur les contraires pour mieux décrire l’impossible, sur l’indicible pour parler de choses inaccessibles aux pauvres mortels. Les fées, qu’elles soient d’Ombre ou de Lumière, apparaissent dans toute leur splendeur et leur noirceur. Le temps même semble manipulé, insaisissable. L’ambiance s’installe, à la fois rapide et surtout lente, instantanée et infinie. Car les fées vivent longtemps et leurs quêtes durent parfois des siècles entiers. Le lecteur se perd dans cette notion de non-temps, avec délice, se laissant fasciner par le charisme d’un peuple inconnu et superbe.

Un vocabulaire dense

L’œuvre est documentée. Très. Trop ? Les termes folkloriques se mêlent à la fiction et peut être que ce pays est trop beau et complexe pour être compris par l’Homme. Car plusieurs fois, le lecteur manque d’être laissé de côté tant les noms sont nombreux et importants en Féérie. Au point que certains personnages changent de nom selon les situations. Chaque petite chose a sa signification et il devient nécessaire d’accorder une attention absolue à chaque détail. Les tournures de phrases, bien que très recherchées et totalement appropriées pour ce style ont parfois besoin d’une seconde lecture pour être certain d’en avoir saisi le sens. Dommage pour la fluidité de lecture. Néanmoins, ce mélange de mythe écossais et de pure fiction fonctionne parfaitement, Léa Silhol mêlant subtilement ses éléments personnels à ceux empruntés pour un univers parfaitement cohérent et duquel se dégage des sentiments apaisants ou au contraires effrayants.

 

Une distance émotionnelle

L’histoire centrée sur Finstern et Angharad ne cesse de rebondir, rapprochant et éloignant les cœurs qui aspirent à se rejoindre pour de bon. Mais il s’agit surtout de savoir se définir par rapport à l’autre ou par rapport à soi même. Et au final cette part du récit traîne en longueur et finit par lasser. Certes, la langueur, la perte, la quête, sont autant d’éléments propres à la Féérie, mais certains pourraient ne pas être touché suffisamment pour apprécier l’œuvre à la hauteur de ce qu’elle mérite.

 

Un style et un univers impressionnants malgré tout

N’étant pas habituée aux récits de fantasy et plus particulièrement de féérie, j’ai pu passer à côté de l’essentiel. Les amateurs du genre devraient largement trouver leur compte à la lecture de ce petit bijou. Bijou, car l’écriture est sublime, l’univers qu’elle dépeint est absolument fabuleux et prend corps dans l’esprit du lecteur. Je regrette sincèrement la distance émotionnelle ressentie vis à vis de la tragédie touchant les héros ainsi que mon impression de ne pas avoir tout saisi sur la fin. Heureusement, j’ai trouvé mon compte dans les personnages secondaires et ressors de ma lecture des peintures enchanteresses plein la tête.