Le Sabre de Sang I (Thomas Geha)

Le Sabre de sang t.1 (Thomas Geha)

Le Sabre de Sang

1. Histoire de Tiric Sherna

Auteur : Thomas Geha
Couverture : Catherine Le Carrer
Editeur : Critic
Date de parution : 10/2009
Pages : 248
Prix : 18€

Tiric Sherna est un grand combattant Shao dont le peuple vient d’être vaincu par les Qivhviens, des êtres reptiliens. Emmené en esclavage dans la capitale Ferza, remis entre les mains d’une noble sans scrupules, il ne vit plus que pour le jour qui verra s’accomplir sa vengeance. Il partage l’humiliation de la captivité avec Kardelj, un calme Shao rencontré lors de leur voyage vers l’enfer et qui tente de tempérer les ardeurs de son ami. Tandis que les plans d’évasions se succèdent dans la tête de Tiric, les combats font rage dans l’arène.

Difficile de faire un résumé sans trop dévoiler d’éléments. Car Le Sabre de Sang est avant tout une histoire d’Hommes. La trame globale est assez simple : un peuple vaincu, un guerrier humilié, des désirs de vengeance, des trahisons, une fuite ; tous les bons éléments d’un roman de fantasy sont là et sont bien traités. L’originalité vient ailleurs. Tiric, en premier, est un héros peu banal, loin des êtres parfaits aux nobles sentiments et prêts au pardon comme il en existe des dizaines. Il apparaît au contraire comme un homme aveuglé par la haine, blessé dans son amour-propre, prenant chaque affront contre son peuple de manière personnelle. Ses pulsions d’anéantissement ne le lâchent pas et son ami a parfois du mal à retirer les œillères forgées par cet homme meurtri. Les autres personnages ne sont pas en reste et se révèlent d’une agréable complexité, qu’ils soient calculateur, honteux, secrets, fous ou amers. Les mauvais ne sont finalement peut être pas si facile à identifier et catégoriser. La nuance, dans la perception et les sentiments, est une des clé de l’ouvrage.

Le style direct, voire brut, à la première personne, colle bien à cette histoire de guerriers qui roulent dans la crasse et qui n’ont plus rien à perdre, si ce n’est leur vie. Si le début du récit est déroutant, entraînant le lecteur perplexe, tel un esclave sans conscience balloté vers une destination inconnue, l’éclairage vient rapidement une fois l’arrivée en pays Qivhvien. La montée en puissance de l’intrigue ne faiblit alors plus jusque dans les dernières pages, entre duels, assassinats, traque dans des paysages fabuleux, tissage d’étroits liens entre protagonistes et faux répits… L’univers créé par Thomas Geha pour son premier roman de fantasy est riche à souhait, complexe et efficace, entre terre et mer, ville et campagne, d’un peuple à l’autre. Une pointe de magie vient sublimer un ensemble déjà superbe. La toute fin de cette première partie est une merveille de rebondissements, qui laisse présager d’une seconde toute aussi palpitante.

Le Sabre de sang marque la lancée des éditions Critic et remplit bien son rôle de porte parole. Ni l’auteur ni les éditeurs n’ont à rougir du résultat. Le décollage est réussi, applaudissez le commandant de bord et ses stewards et laissez vous embarquer dans le tourbillon sanglant mené par Thomas Géha.