Théâtre, lecture orale, cinéma et jeux vidéos n’étaient pas en reste dans cette édition des Utopiales.
La soirée inaugurale a été riche en animation, à commencer par l’interprétation d’un conte par Gilles Servat. Une première en ce qui me concerne, depuis l’école maternelle et les histoires du soir par les parents. Grosse surprise. Surprise par le choix du conte, qui plonge rapidement dans l’étrange, le rêve, qui perd l’auditeur dans des frontières qui s’effacent. Un bon choix au final, la première surprise passée. D’autant plus que le conteur paraissait totalement habité par l’histoire et jouait lui aussi avec la confusion des réalités et des limites, modulant sa voix et son attitude à loisir. Une expérience inédite et plaisante, à renouveler.
S’en est suivie une pièce de théâtre qui a fait ses preuves dans la France entière mais qui restait inédite à Nantes : 20 000 lieues sous les mers, d’après Jules Verne, mise en scène par Sydney Bernard. Le théâtre m’a déjà prouvé plusieurs fois que je me trompais sur son approche, en prenant à contre-pied mes attentes. Ce fut le cas encore une fois. Deux hommes pour une pièce complexe, un décor simple mais qui cache une machinerie complexe, l’humour qui côtoie l’émotion brute, la lumière et le son plongeant dans des décors imaginaires, une interaction avec le public et une conclusion pleine de sens. Bref, c’est une pièce à la fois simple et précise qui s’est déroulée sous nos yeux, mais surtout une interprétation engagée, un message fort autant qu’un jeu avec le public. La découverte de l’Atlantide ou la première marche sous l’eau sont des exemples de scènes extrêmement fortes émotionnellement, qui alternent avec des instants plus légers, voire franchement drôles, quand les deux ne sont pas mixés, comme dans l’attaque du poulpe, à la fois hilarante dans la réalisation et émouvante dans ses conséquences. Un belle réussite. Enfants et adultes sont sortis de la salle Dune des étoiles plein les yeux et, en ce qui me concerne, l’envie double de relire tout Jules Verne et de me précipiter au théâtre pour d’autres moments aussi forts.
Réussite aussi pour les Utopiales qui accueillaient cet art pour la première fois. Une expérience à renouveler, sans aucun doute.
L’acteur secondaire demande au public d’éteindre ses téléphones
Le théâtre, ce fut aussi « Empreintes », prologue d’une pièce qui verra son aboutissement en 2010. Ecrite par Pierre Bordage et mise en scène par Hervé Guilloteau, il s’agit de la première tentative de pièce d’anticipation, sur le thème du clonage. Malheureusement, je n’ai pas pu y assister, les journées étant très longues aux Utopiales et la pièce étant jouée en soirée. Mais l’initiative est à souligner et encourager. J’espère pouvoir avoir un aperçu de ce travail lors de la 11è édition.
Au niveau cinéma, la variété était encore de mise cette année. Ce pôle des Utopiales est décidément très complet, avec courts et longs métrages, avant-premières et rétrospectives, oeuvres françaises, européennes et mondiales, sur des tons également variés.
Par curiosité, je suis seulement allée voir les « Documenteurs rétrofuturistes ». Sous ce titre se cachent deux éléments : un court-métrage français et un film américain, « La menace vient de l’espace » et « Alien Trespass ». Leur concept est semblable : la création en 2009 d’un film qui aurait été tourné en 1949 pour le premier, 1957 pour le second. De faux films de science fiction, l’un imaginant 2009 vu depuis 1949, l’autre se penchant sur un accident extra-terrestre dans la campagne américaine des années 50. Il en résulte deux films absolument hilarants, pétris de références aux œuvres classiques de science-fiction, bourré de clichés de films d’époque. Des films comparables et pourtant si différents. Sur le site du protocole 123, vous pourrez avoir un aperçu de la grosse farce française qui a été poussée jusqu’à faire un documentaire sur la restauration du film de 1949 qui a été tourné en 2009, comme s’il avait été retrouver pour son 60è anniversaire. Vous suivez ? Non ? Ben allez donc voir le site, ça vaudra mieux.
N’oublions pas le jeu vidéo dans les arts vivants, car lui aussi avait sa place dans cette édition et dans celles à venir. Je ne m’attendais pas à m’intéresser à cet aspect là, étant donné que je suis une non-gameuse confirmée et affirmée (jamais pu tenir sur un jeu plus d’une heure ou deux, Dieu que ça me gonfle). Pourtant, la conférence de David Calvo était réellement instructive, dans son approche du jeu, de la création autour du jeu, du rôle des créateurs et des joueurs dans le processus… Je m’étais assise là par hasard et j’ai à peine décroché pendant une heure (à peine, je reste un poisson rouge d’une capacité de concentration de 33 secondes, à mon grand désespoir).
David Calvo, à droite, en conférence sur les enjeux littérature/jeu vidéo
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